Roman policier

La Deuxième Femme de Louise Mey

La Deuxième femme

Autrice : Louise Mey

348 p.

Pocket, 2021

résumé Sandrine ne s’aime pas. Elle trouve son corps trop gros, son visage trop fade. Timide, mal à l’aise, elle bafouille quand on hausse la voix, reste muette durant les déjeuners entre collègues.
Mais plus rien de cela ne compte le jour où elle rencontre son homme, et qu’il lui fait une place. Une place dans sa maison, auprès de son fils, sa maison où il manque une femme. La première. Elle a disparu, elle est présumée morte, et Sandrine, discrète, aimante, reconnaissante, se glisse dans cette absence, fait de son mieux pour redonner le sourire au mari endeuillé et au petit Mathias.
Mais ce n’est pas son fils, ce n’est pas son homme, la première femme était là avant, la première femme était là d’abord. Et le jour où elle réapparaît, vivante, le monde de Sandrine s’écroule.

çacommencepar Quelque chose a changé.
Sandrine scrute le miroir, pour identifier le glissement, repérer ce qui n’est pas à sa place. Même si, pour la première fois, au contraire, elle sent qu’une chose inconnue se trouve exactement là où elle devrait être.

cequejenaipensé J’avais eu un coup de cœur pour ma première rencontre avec Louise Mey (si vous voulez jeter un œil c’était pour son romans Embruns). Et j’avais hâte de continuer ma découverte de l’autrice. Dans Embruns elle avait su me prendre dans son filet et je ne m’étais pas du tout attendu à ce dénouement. Ici, la trame est différente, la tension psychologique d’une autre nature. 
Nous faisons la connaissance de Sandrine. Elle ne s’aime pas, se cache.
Elle est de celles qui portent des jeans par temps de canicule, de celles qui frémissent quand l’époque des étoffes légères revient. Si elle le pouvait, elle vivrait dans un perpétuel hiver, cachée sous ses pelures de honte et d’embarras. Dissimulée dans les vêtements, parce que c’est ce qu’on fait aux grosses vaches comme elle, grosse, grosse moche, tête de conne, tête de conne. On les cache.
Travail, maison, solitude résument ses journées. Répétitives. Sans joie. Jusqu’au jour où elle découvre « l’homme qui pleure » à la télévision. La femme de cette homme vient de disparaître dans des conditions étranges. Elle décide d’aller à la marche blanche et elle y fait sa connaissance, discute avec lui. Puis la vie reprend son cour et un jour, il refait surface. Très vite, ils emménagent ensemble. Elle, lui et son fils. Elle fait sa place dans ce nouveau foyer, accomplit ce qu’on attend d’elle. Elle est heureuse auprès d’eux. Lui si attentionné envers elle… la plupart du temps. Elle n’arrive pas à croire qu’il s’intéresse à elle, qu’il l’aime telle qu’elle est. Pourtant, elle ne s’aime toujours pas. Mais elle se transforme en bonne femme au foyer, les repas, le ménage, accomplit son devoir de femme auprès de son mari. Un beau jour, cet équilibre bascule. Là, à la télévision : une femme. C’est elle. Elle, la première femme. Elle est vivante. Mais sans souvenir.
La passé rattrape le présent. Les policiers qui avaient enquêté sur sa disparition refont surface eux aussi. Et ils sont convaincus que le mari y est pour quelque chose dans cette énigmatique disparition.
Sandrine ne sait plus trop qu’elle est sa place. Elle veut montrer qu’elle est chez elle, et que lui est son homme désormais. Que cette première femme est devenue une intruse… Enfin elle essaie de s’en convaincre. Parce que le malaise plane. Que ce soit pour cette disparition que pour ce bonheur familial qui semble de plus en plus fragile, de plus en plus de façade.
Plus, on s’enfonce dans le roman, plus on prend conscience de la tenson psychologique qui occupe ce foyer, plus on prend conscience de la manipulation toxique de cet homme. Plus, on s’enfonce dans le roman, plus on se sent mal à l’aise, plus on a une sensation de peur, d’angoisse qui monte.
Il tend le bras et lui prend le torchon humide des mains, examine sa joue. Sandrine est crispée, les épaules hautes et rondes. Il dit Mon amour. On ne voit rien. Tu m’excuses ? Tu m’excuses. Sandrine ne répond pas.
Sandrine paraît assez froide, assez distante. Il est difficile de s’attacher à elle tant elle s’est construit un personnage, une protection autour d’elle. Ce que l’autrice a réussi à bien retranscrire par une syntaxe indirecte libre. elle enchaîne description, dialogue, pensées, souvent sans ponctuation, afin de retranscrire la froideur de la relation de Sandrine et de l’homme, la mécanisation de sa vie, une vie qui doit être conforme à ce que désire l’homme, sans vague.
Elle baisse la tête, elle ne sait pas quoi répondre, elle ne sait jamais quoi répondre, de toute façon quand il est comme ça il vaut mieux ne rien dire. Il ajoute Et puis ça te tuerait de te changer un peu ? C’est vrai qu’elle s’habille toujours pareil, il a raison, elle se concentre sur ses pieds, compte les dalles dans son champ de vision, elle attend que ça passe. Je t’ai acheté une chemise, je t’achète des habits, mais non, tu préfères tes fringues, pour aller faire la belle c’est ça ? Six, sept, huit dalles. Elle ne comprend pas si elle s’habille trop sérieux ou trop pareil ou trop avec des habits que lui n’a pas achetés mais elle sait que ce n’est pas la peine de poser la question. Neuf, dix, onze, la sonnette de la porte retentit, et Sandrine adresse un « merci » silencieux à qui vient de sonner, quel qu’il soit.
Ce roman perturbe, secoue. Il est criant de réalisme qui fait froid dans le dos. On se met dans la peau de cette femme sous emprise. Le retour de la première femme provoque un séisme. Elle se met à prendre conscience de certaine chose. Certains personnages viennent vers elle, tente de lui parler, de lui ouvrir les yeux. Ce roman permet de faire comprendre à quel point il est difficile de se sortir de cet engrenage. On se dit souvent « mais pourquoi elle reste avec un salaud pareil? »… et bien ce roman y répond bien. La peur, l’habitude, l’envie de normalité, la manipulation psychologique dont elles sont les victimes… Il est très difficile de se mettre à leur place. De réaliser ce qu’il est en vraiment. J’ai aimé la façon dont Louise Mey  aborde ce sujet délicat, complexe.
Par ses mots, l’autrice nous attrape, nous happe, nous entraîne dans la perversité narcissique de la situation. Quelque part, elle manipule elle aussi notre attention de lecteur si on peut dire. Car très vite on comprend le toxicité et la dangerosité de l’homme, et on veut savoir ce qu’il a pu faire subir à sa première femme, pourquoi et comment elle a disparu autant de temps, et surtout comment Sandrine va réagir et arriver à se sortir de ça.
 
 
en brefLe roman est perturbant, puissant et intense. Il m’a remuée… profondément. Un roman bien différent d’Embruns mais tout aussi addictif! Je vous le conseille!
 
 

 

2 réflexions sur “La Deuxième Femme de Louise Mey

  1. Pingback: Bilan Février 2021 | Les Lectures d'Azilis

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