Roman

L’Intrus de Bénédicte des Mazery

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L’Intrus

Autrice : Bénédicte des Mazery
288 p.
Plon, 2023


résumé
 Élise et Romain forment un couple heureux : bons jobs, un appartement, une vie ponctuée par le déjeuner du dimanche avec Mina, la mère d’Élise. Jusqu’au jour où Élise se découvre enceinte. Pas question de garder cet intrus, elle n’a jamais voulu d’enfant. Elle va avorter. Mais à la consultation, Élise découvre qu’elle est enceinte de sept mois. Terrorisée, elle s’enferme dans le mutisme.
cequejenaipensé L’intrus… un roman fort, qui chamboule, qui questionne, qui met à plat des émotions pour une situation difficile à vivre.
L’Intrus c’est ce bébé caché au cœur du ventre d’Élise. En couple avec Romain, ils ont leur équilibre. Une vie heureuse entre travail, amis et plaisir de la vie. Lors d’une consultation médicale classique, Élise va voir sa vie s’écrouler. Elle est enceinte. Enceinte de 7 mois.
Déni de grossesse.
Des mots qui explosent en elle. Qui l’assomment littéralement. KO. Chaos.
Dans le déni un œuf a nidé.
Élise était claire sur le sujet : elle ne voulait pas avoir d’enfant. Elle ne rêvait pas de maternité. Romain l’avait accepté. Une liberté de choix. La liberté de disposer de son corps et de sa vie.
Alors ce bébé… cet intrus… non elle ne l’accepte pas. Alors, même après l’annonce, le bébé reste caché. Le corps ne prends par les formes attendues.
Élise s’enferme dans le mutisme, dans le déni de cette maternité non souhaitée.
Ce nom de « mère » qui, dans l’esprit collectif, sous-tend l’amour, la bienveillance, la sécurité, l’attention, la douceur, la patience, la présence… Toutes ces qualités requises qui font endosser à des femmes comme elle un costume trop grand, trop large, dans lequel elles se perdent du jour au lendemain, soudain démunies devant l’ampleur de leur nouveau rôle, se sentant indignes, presque, de le tenir.
Les réaction de son entourage sont autant de coups sur son mental. Romain est heureux. Il n’avait pas abandonné tout espoir de la faire changer d’avis. Sa mère elle ne comprend pas ce déni de grossesse. De son temps, ça n’existait pas. Les femmes savaient s’écouter… Ce n’est pas possible (un personnage qui reflète tout à fait le scepticisme entourant ce phénomène physiologique encore si tabou).
Elle regarde à la dérobée le ventre de sa fille. Il est si plat, comment peut – il y avoir un être vivant là-dedans, peut-être se sont – ils trompés ? Impossible. Il y a eu une échographie, les médecins ne peuvent pas faire d’erreur dans ce domaine.
Alors qu’Élise s’isole, se renferme, le chaos envahit son esprit et sa vie. On la guide, l’invective, on lui dit ce qu’elle doit penser, ressentir, faire… Cet intrus a pris les commande de sa vie. Elle ne maîtrise plus rien.
Et puis Romain a une idée : il achète un reborn baby, des poupons ultra réalistes en silicone. Au contact de ce faux enfant, Élise va apprendre les gestes, prendre contact avec cette nouvelle réalité. Une complicité, un lien particulier se tissent entre eux. C’est à la fois étrange et naturel. Et si aux États-Unis, l’utilisation de ces reborn est quelque chose d’habituel, en France cela reste encore des cas particuliers souvent utilisés à des fins médicales ou sociales. Mais pour Élise, il y a autre chose. Ce reborn va finir par prendre beaucoup plus de place. Dans sa vie. Dans sa tête. Qui est l’intrus ? Qui trouvera sa place ?
Une ambiance particulière se dessine dans ce roman très réaliste et qui nous envoie un tourbillon d’émotions.
On est aux côtés d’Élise dans toutes les étapes nouvelles qui vont désormais être son quotidien. L’annonce la laisse amorphe, sonnée. Et l’autrice, Bénédicte des Mazery, nous place à ses côtés, dans sa découverte, dans ce choc. J’ai ressenti un besoin de la soutenir, mais je me suis aussi sentie impuissante. Comment réagir pour bien accompagner une personne dans une telle situation. Certainement pas comme sa mère… brusque, qui ne cherche pas à comprendre. Comment nous nous réagirions dans son cas ? Un temps de sidération semble inévitable. Un suivi psychologique aussi.
Ce que j’ai apprécié dans ce roman, c’est que l’autrice, ne nous met jamais en position de jugement. On est là on écoute, on ressent… j’ai plus ressenti l’envie de la défendre face à l’envahissement de sa vie. Lui donner l’air dont elle a besoin pour assimiler. Le côté inévitable du thème, critique, incompréhension, tout ce qui va de pair avec le tabou de cette thématique, se retrouve dans le comportement de la mère et du père. Chacun a un degré différent, mais bien présent.
On est ici dans un roman psychologique. Un roman dur, poignant, parfois oppressant et surtout qui bouscule, qui questionne sur la maternité mais aussi sur la paternité. Il y a énormément de vérité sur la maternité, sur cet impératif sociétal.
Romain a beau tourner l’affaire dans tous les sens, il peine à apporter une réponse satisfaisante aux questions posées, et il culpabilise en prenant conscience que la garde, le soin, la sécurité de leur bébé se trouvent entièrement placés dans des mains de femmes. Et que ce n’est pas juste. Comme Elise le lui a lancé à la figure dimanche, elle n’a pas le choix : elle doit rester là. Quand il passe la porte, lui, c’est qu’il part travailler, mais si elle fait ça, elle, ça signifie qu’elle abandonne son enfant. Il s’était senti infiniment triste, et terriblement impuissant, en comprenant soudain que sa colère n’était pas un avertissement, elle ne s’en irait pas, mais l’expression d’une indignation profonde, que ses cris ressemblaient à des appels au secours et, surtout, qu’elle avait raison.
en bref Un roman psychologique fin, intelligent, dur mais essentiel. Bravo !

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