Roman

Bel abîme de Yamen Manai

couv35484074Bel abîme

Auteur : Yamen Manai

110 p.
Elyzad, 2023 (Poche)


résumé
Je revenais du collège quand j’ai rencontré Bella. Une après-midi de novembre, morose. Un garçon triste, chétif, une tête à claques, la tête baissée, la peur qui habite ses tripes, et parfois, l’envie d’en finir. On n’imagine pas ce que ressent un enfant quand il faut qu’il se fasse encore plus petit qu’il n’est, quand il n’a pas droit à l’erreur, quand chaque faux pas prend un air de fin du monde. Mais en l’entendant, ce jour-là, j’ai redressé le menton. »
 
cequejenaipensé Petit mais puissant. Court mais percutant. 
Ce petit livre m’a été offert lors du Secret Santa de mon club de lecture. Et je remercie chaleureusement ma mère Noël d pour cette découverte.
Ce petit roman a déjà été récompensé par une multitude de prix littéraire dont Prix de la littérature arabe et le Prix Orange du livre en Afrique.
J’avoue avoir eu un petit peu de mal au début de ma lecture avec la façon de parler du jeune protagoniste (qui est présenté comme un adolescent) qui m’a paru en décalage justement avec son jeune âge. Mais je me suis fait assez rapidement à sa verve, à son répondant, à son vocabulaire.
 
Oh mes aïeux ! Lire ne donne pas le pouvoir, lire ne sauve pas ? Cela ne fait aucune différence, on finit toujours les pieds devant ? Ok, lire ne rend pas immortel, je vous l’accorde, mais ça rend moins con, et ça, c’est déjà beaucoup.
 
C’est le protagoniste, anonyme, qui parle. On comprend qu’il a été arrêté et qu’il est en attente de son procès suite à ce qu’il s’est passé. Oui mais quoi ? Avocat et médecin se succèdent pour s’entretenir avec lui.
Auprès d’eux, il raconte, déverse sa rage, sa colère, son impuissance, son désespoir.
Au fil de son soliloque, nous faisons sa connaissance. Le milieu où il a grandi, un père strict et peu aimant, une injustice qu’il a très vite ressenti et qui a mûri en lui jusqu’à la nuit du drame. Brimades, humiliations régulières. Une société dans laquelle il grandit et dans laquelle il ne se reconnaît pas. Le jeune homme est instruit. Par ennui puis par curiosité, il s’est nourri des livres. Par les livres, il a appris à raisonner, à avoir une opinion sur ce qui l’entoure.
Dans son discours, il se livre. Il ouvre son cœur. Avec une ironie acerbe, il livre sa réalité, sa vérité. Ce qu’il est. Enfin il se dit, il se délivre. Il se justifie.
L’amour qu’il a manqué auprès de ses parents. Il l’a trouvé auprès de Bella.
 
Tout au long de notre relation, elle n’a eu de cesse de faire ressortir ma meilleure face, la plus brave, la plus digne, et de forger en moi une force que je ne me soupçonnais pas.
 
L’identité de cette Bella reste mystérieuse pendant la moitié du texte. Mais on pressent que ce qu’il a fait est en lien avec Bella et son amour pour elle.
 
Je n’ai jamais reproché à mon père d’être un pauvre fils de pauvre, mais je lui en veux d’être un pauvre de cœur, de ne pas avoir compris où était la vraie richesse. Être bon pour sa famille est plus important que la façade qu’on construit pour les autres et pour laquelle son propre sang subit la négligence, le désamour et la rancune.
 
Bel abîme est un roman fort, poignant. Il est le cri d’une jeunesse en proie avec l’injustice sociale, avec un archaïsme de croyance.
Dans les mots du jeune narrateur, violence et colère côtoient amour et douceur. On pourrait très bien le lire comme un conte philosophique amenant le lecteur à s’interroger sur le monde d’aujourd’hui.
 
 
en bref Un cri d’amour. Un cri de désespoir. Un roman court et percutant.
 
 
 

Un petit mot ?