Où vont les larmes quand elles sèchent
Auteur : Baptiste Beaulieu
Lu par Thomas Marceul
4h55
Audiolib, 2024
Éditions L’Iconoclaste, 2023
Jean a trente-six ans. Il fume trop, mâche des chewing-gums à la menthe et fait ses visites de médecin de famille à vélo. Il a supprimé son numéro de portable sur ses ordonnances. Son cabinet médical n’a plus de site Internet. Il a trop de patients : jusqu’au soir, ils débordent de la salle d’attente, dans le couloir, sur le patio.
Tous les jours, Jean entend des histoires. Parfois il les lit directement sur le corps des malades. Il lui arrive de se mettre en colère. Mais il ne pleure jamais. Ses larmes sont coincées dans sa gorge. Il ne sait plus comment pleurer depuis cette nuit où il lui a manqué six minutes.
Quand Baptiste Beaulieu prend la plume, on ressent toute son humanité, tout son amour pour l’humain (surtout les frangines) et entre ces pages en particulier tout l’amour et le respect qu’il a pour son métier.
Ce roman est directement inspiré de son métier de médecin généraliste, le rapport qu’il entretient avec ses patients. D’ailleurs, le suivant sur les réseaux sociaux, j’ai pu redécouvrir quelques anecdotes qu’il a déjà pu y partager. Toujours avec tendresse, toujours avec humour sauf quand il s’agit de certains énergumènes qu’il exècre.
Au début de sa carrière, le protagoniste Jean B travaille en hôpital. Et il assiste impuissant au décès d’un enfant. Un drame qu’il le marquera à vie. Aurait-il pu faire quelque chose en tant que médecin ? En tant qu’homme ? Est-ce que c’est ça être médecin, être impuissant parfois ? Ne pas avoir les réponses ? Un drame qui va tellement le perturber que depuis il ne pleure plus. Alors il s’interrogent sur où vont ses larmes puisqu’elles ne coulent plus…
Puis, dépité par le fonctionnement et le délabrement de l’hôpital public, il décide de devenir généraliste. Et là, il déploie toute son humanité, son respect. Il questionne, il écoute, il patiente, il prévient, il prend le temps, il accompagne.
Une patiente qui dit oui à un examen, si elle dit non après, on doit l’entendre. Ne pas l’entendre, forcer, relativiser une douleur, un refus, c’est inacceptable. Ce n’est pas déontologique. C’est manquer de respect aux droits humains élémentaires.
Et il nous partage les fragments de vie auprès de ses patients, les injustices, les plaisirs et les drames, les fragilités et les forces de vie. Il donne sa vision de son métier et, même s’il ne sait pas s’il fait vraiment ce qu’il devrait faire, il sait qu’il est sur la bonne voie et la bonne logique de son métier quand il pose les questions, quand il est à l’écoute et quand il ne juge pas. Il est conscient de commettre des erreurs mais il apprend chaque jour.
Dans ce roman, j’ai retrouvé l’homme-médecin que j’imagine derrière mon écran. Un homme engagé pour la défense de ses patients, et des femmes. Un homme qui défend ses valeurs. Un homme plein d’humour et de recul sur ce qu’il vit et nous partage. J’ai apprécié les réflexions qu’il nous partage, j’ai apprécié sa sensibilité, son regard et sa voix qui défend les frangines.
Et toute cette sensibilité, cette intelligence, cette implication, l’humour aussi, le lecteur Thomas Marceul nous les retransmet avec talent. Une écoute des plus agréable !
Un roman sensible, brillant, intelligent.
Merci à Netgalley et à Audiolib

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