Et si la petite voix que vous avez dans la tête apparaissait devant vous ?
Entre son travail très prenant, sa vie de couple et sa mère qui devient de plus en plus dépendante, Mia n’a pas une minute à elle. Mais ça lui va très bien, car Mia est une fille sérieuse et adulte. Peut-être trop ? C’est vrai qu’elle ne s’amuse pas beaucoup. Jamais pourrait-on dire… Jusqu’à ce que sa petite voix apparaisse. Une petite voix qui prend tout à la rigolade. Normal, elle n’a que 7 ans ! Mais il va lui falloir déployer un max d’effort pour amener Mia à lâcher prise et à profiter un peu plus de la vie.
Et si la petite voix dans votre tête décidait de prendre forme… littéralement ? C’est exactement ce qui arrive à Mia dans ce troisième tome de la série (Dé)rangée) de Greg et Manon Blondin — un volume totalement indépendant, que l’on peut savourer même si l’on n’a pas lu les précédents. Et c’est tant mieux, parce que ce serait dommage de passer à côté de cette jolie saga douce, colorée et pleine d’humanité.
Mia court partout : entre un travail chronophage, un couple qu’elle tente de cadrer un peu trop, et une mère de plus en plus dépendante, elle n’a plus une seconde à elle. Elle est ce genre de personne sérieuse, ordonnée, responsable… au point d’en oublier jusqu’à la notion même de plaisir. Même son métier de créatrice de papiers peints — un terrain infini pour la fantaisie — devient monotone, géométrique et triste. Mais… a-t-elle besoin de ce cadre ou est-ce une façon de se protéger ? un cadre pour savoir où elle va ? être rassurée ?
Alors forcément, quand sa petite voix apparaît devant elle sous la forme d’une fillette pleine d’énergie, de malice et de couleurs, c’est la panique totale. Qui écouterait sa version miniature quand on a construit des murs si hauts autour de soi ?
Tout au long de l’album, on assiste au lent réveil de Mia. Sa vie va très vite, trop vite, et ce rythme effréné commence à fissurer son quotidien : créativité en berne, agacement perpétuel dans son couple, inquiétude pour sa mère… Ce que les auteurs orchestrent ici est un véritable cheminement intérieur, joliment amené, parfois drôle, parfois poignant, mais toujours juste.
J’ai trouvé particulièrement touchante la manière dont la petite flamme de Mia — celle qu’elle avait presque laissée s’éteindre — se rallume. Par petites touches, par secousses, par remises en question. Et évidemment, par confrontations : avec son travail, avec son compagnon, avec son enfant intérieur… mais surtout avec elle-même.
Graphiquement, c’est toujours aussi réjouissant : des couleurs vives, un trait tendre, beaucoup de douceur… On retrouve cette ambiance feel-good si caractéristique de la série. Les dessins accompagnent à merveille le propos déculpabilisant : prendre du temps pour soi n’est pas un luxe, et encore moins une faute.
Ce troisième tome offre un final très réussi, plein de sens, qui amène une réflexion subtile sur notre manière de vivre et d’avancer. Une conclusion qui, pour ma part, m’a laissée avec à la fois un sourire, un pincement au cœur, et l’envie pressante de… ralentir un peu.
