Miriam tient deux journaux intimes : l’officiel pour sa mère et l’officieux qui contient toute la vérité… ou presque.Miriam a 17 ans. Elle est grousse, comme disent les mecs de son lycée. Grosse et rousse. Elle vit seule avec sa mère. Selon elle, c’est parce que son père n’a pas supporté la disparation de sa sœur, quand Miriam avait trois ans. En tout cas, il est parti. Après une tentative de suicide ratée, Miriam commence une thérapie, et elle est invitée à tenir un journal thérapeutique. Mais elle décide de rédiger deux carnets de bord. Deux journaux intimes parallèles.
Le premier, l’officiel, le factice, qu’elle rédige car elle sait que sa mère va le lire comme un Closer. Le second, le vrai, le cru, le savoureux, dans lequel on suivra ses quêtes et enquêtes, expériences, désillusions, et dans lequel elle dira toute, toute la vérité.
Sauf que la vérité de Miriam n’est pas LA vérité. Et que le lecteur se fera lui berner lui aussi.
Vous savez à quel point je suis fan d’Émilie Chazerand. Il y a chez elle un « ton » unique, une signature littéraire que l’on reconnaît dès la première ligne, et que j’adore. Elle a l’art de plonger dans les sujets les plus sérieux – le mal-être adolescent, la santé mentale, la famille – avec une légèreté et un humour noir qui ne trahissent jamais la profondeur de ses personnages.
Avec Hyper, elle ne déroge pas à la règle, et nous offre un roman bouleversant, cru et délicieusement caustique.
Miriam Portefeux, 17 ans, se décrit elle-même comme « grousse » – le charmant mix de « grosse et rousse » inventé par ses camarades. Elle est également hyper-sensible, ce qui la pousse à développer une carapace d’hyper-causticité. Dès les premières pages, on entre dans le vif du sujet : sa tentative de suicide ratée l’envoie aux urgences, avec une fracture à un très très mauvais endroit (je vous laisse découvrir… mais oui, ça doit faire hyper-mal !).
Sous la pression de sa mère Barbara (qui, disons-le, est à côté de la plaque), et d’un psy étrangement pertinent, le Dr Matsuno, Miriam se lance dans un exercice thérapeutique : tenir un journal. Mais connaissant sa mère, fan de potins et de fouille de tiroirs, elle en tient… deux : le Journal Officiel (le factice, dégoulinant de bons sentiments et d’optimisme forcé, calibré pour être lu par Barbara) et le Vrai Journal (le carnet secret, où elle déverse sa rage, ses réflexions acerbes et caustiques, et mène ses quêtes et enquêtes sur le drame familial qui a fracturé sa vie : la disparition de sa jeune sœur.)
Mais… même dans son « Vrai Journal », Miriam n’est pas forcément honnête. C’est là que le génie d’Émilie Chazerand opère !
Ce roman est un véritable numéro d’équilibriste émotionnel. La situation de Miriam est tragique : harcèlement scolaire, boulimie, traumatisme familial… Pourtant, grâce à une maîtrise absolue du « parler adolescent » et à des formules choc façon lance-flamme, l’autrice réussit à nous faire rire (jaune, mais rire quand même) à chaque page.
Chaque dialogue, chaque trait d’esprit est une pépite d’humour noir et d’ironie grinçante comme l’autrice sait si bien en jouer. Le rire devient la seule manière pour Miriam de gérer sa détresse et d’exprimer son désespoir.
Au fil des pages, on découvre des personnages à la psychologie complexe et travaillée. Loin des clichés, la relation entre Miriam et sa mère Barbara est décortiquée avec une finesse étonnante, révélant des facettes inattendues jusqu’à la fin. On comprend que la vérité n’est pas simple et que la douleur a plusieurs visages.
Ce roman est un coup de poing qui vous laisse le cœur serré, mais avec un sourire aux lèvres. Si j’ai pu, par moments, me sentir mal à l’aise face à la noirceur de certains passages, c’était sans doute l’effet recherché : nous faire ressentir ce décalage entre la violence du propos et la légèreté du ton.
Hyper est bien plus qu’un journal intime à double facette. C’est une intrigue qui se complexifie, qui vous tient en haleine sur la question de la vérité, et qui vous offre une fin qui, loin du happy end facile, est incroyablement juste et belle.
Encore une fois, Émilie Chazerand s’impose comme une voix essentielle de la littérature adolescente. Ses romans touchent en plein cœur, même les lecteurs les plus fragiles, leur offrant des héros et héroïnes auxquels il est impossible de ne pas s’identifier.
Et vous, avez-vous déjà lu les romans d’Émilie Chazerand ? Quel est votre préféré ? Je suis curieuse de vous lire en commentaires !
Hyper d’Émilie Chazerand : Le rire est la meilleure façon de crier au secours.