À Hélios, les Mots ont un pouvoir. Celui de créer, d’équilibrer ou de détruire le monde. Quand le chaos s’empare du royaume, les Mots frémissent, s’impatientent, s’embrasent. Ils attendent leur prochaine Passeuse de Mots. C’est Arya, une jeune fille de la capitale, qui répond à l’Appel de cette magie ancestrale. À elle de s’armer de courage, de se battre. Au fil de sa quête, elle rencontrera Killian, Saren et Alric. Le voleur masqué, le chevalier aguerri, et le prince de l’immortalité. De l’écho de leurs âmes naîtra le [Limë], ce fil doux et singulier porteur d’amour et d’espoir. Cette promesse de cœurs alliés. Ce qui nous lie.
Il y a des sagas qu’on porte en soi longtemps. Des univers dans lesquels on a laissé un morceau de cœur, des personnages qu’on retrouve comme de vieux amis. La Passeuse de Mots fait clairement partie de celles-là pour moi. Alors forcément, quand j’ai appris qu’une adaptation en bande dessinée allait sortir en librairie, j’étais à la fois fébrile et impatiente. D’autant plus que les premières illustrations dévoilées m’avaient laissée… rêveuse. (Merci à Linon pour le prêt d’ailleurs!)
Et le verdict est sans appel : visuellement, cette bande dessinée est une merveille.
Dès les premières pages, on est happé. Le choix du noir et blanc, rehaussé de touches de couleur délicates, presque vibrantes, fonctionne à la perfection. Ces éclats chromatiques semblent naître des Mots eux-mêmes, comme s’ils pulsaient au rythme de la magie d’Hélios. Chaque chapitre possède sa propre ambiance, sa propre teinte, et cela apporte une dimension presque sensorielle à la lecture. Les dessins sont envoûtants, élégants, profondément immersifs. Certaines planches donnent envie de s’arrêter, de les contempler longuement, juste pour le plaisir des yeux.
J’ai été sincèrement ravie de retrouver Arya, Killian (💖), Alric et les autres sous ce format. Mettre un visage – très ressemblant avec ce que j’avais imaginé – sur des personnages que j’avais tant aimés dans les romans est une expérience à part entière. Killian, notamment, conserve toute son aura : mystérieux, sombre, magnétique. Le voir prendre vie en images est un vrai bonheur.
Côté récit, cette adaptation fait clairement le choix du condensé. L’histoire reprend les grandes lignes du premier tome : Arya, jeune pâtissière d’Hélianthe, voit sa vie basculer lors de l’attaque de la ville. Appelée par la magie des [Mots], elle devient Passeuse de Mots, chargée de rétablir l’équilibre et de lutter contre les Soldats de Verre (entre autres). Une quête périlleuse, portée par les rencontres — Killian, Saren, Alric — et par le [Limë], ce lien précieux fait d’amour, d’espoir et d’âmes entrelacées.
Si j’ai pris beaucoup de plaisir à replonger dans cet univers que j’aime tant, je reste toutefois un peu partagée. Le texte agit davantage comme un résumé des romans que comme une véritable réécriture pensée pour la bande dessinée. L’univers, pourtant riche et complexe, est parfois survolé. Les événements s’enchaînent vite, certaines scènes marquantes disparaissent ou sont à peine esquissées, et cela crée une certaine distance émotionnelle.
Ayant lu les quatre premiers tomes de la saga, je n’ai pas été perdue. Mais je me suis souvent demandé si une personne découvrant La Passeuse de Mots uniquement par cette bande dessinée ne risquait pas de se sentir un peu larguée. Les enjeux, la magie, les relations entre les personnages manquent parfois d’explications et de respiration.
Cela dit, malgré ces réserves, l’expérience reste très belle. Cette bande dessinée agit comme une porte d’entrée visuelle splendide vers l’univers, ou comme une madeleine de Proust pour les lecteurs et lectrices de la saga. Elle m’a donné envie de me replonger dans les romans, de retrouver les mots, les émotions, les détails… et surtout, me permet de patienter un peu plus sereinement avant la sortie du tome 5 !!
À mes yeux, cette bande dessinée ne remplace pas les romans — elle les accompagne. Elle les éclaire autrement, par l’image, par la couleur, par l’émotion visuelle. Et rien que pour ça, elle mérite largement sa place dans ma bibliothèque… et dans mon cœur de lectrice. Et ça renforce mon envie de voir ces romans adaptés un jour en film ou en série!!

