La Délicatesse du homard
Autrice : Laure Manel
lu par Morgane Hainaux et Raphaël Cohen
7h49.
Albin Michel, 2025
3h35
Audiolib, 2025
Elle est partie aussi loin qu’elle a pu, pour rejoindre le début du bout du monde… et venir s’échouer au pied d’un rocher face à la mer d’Iroise.Elle dit s’appeler Elsa.
Elle ne veut pas qu’on lui pose de questions.
Qui est-elle ? Que cache-t-elle ?
Et lui, que cache sa rudesse ? Lui qui l’accueille sans même savoir pourquoi …
Un roman à deux voix. Deux voix qui se racontent, et se taisent. Deux voix qui laissent place aux pas des chevaux, au vent qui plie les herbes sur la dune, au ressac sur le rivage et aux souvenirs échoués sur le sable.
Face à la mer d’Iroise, il y a le vent, le silence, la roche battue par les vagues… et une femme qui ne veut plus être personne.
Dès les premières minutes de La délicatesse du homard, Laure Manel nous entraîne au bout du monde, là où l’on vient pour se cacher, pour disparaître, ou peut-être pour survivre.
J’ai découvert ce roman en livre audio, porté par les voix justes et profondément incarnées de Morgane Hainaux et Raphaël Cohen, et cette expérience a décuplé l’émotion. Leurs interprétations donnent chair aux silences, aux fêlures, aux hésitations de ces deux êtres cabossés par la vie. On n’écoute pas seulement une histoire : on entre dans l’intimité d’Elsa et de François.
Elsa a la trentaine. Elle est fatiguée, à bout, presque fantomatique. Elle fuit un passé trop lourd, une douleur qu’elle garde enfouie, et surtout une idée du bonheur qu’elle n’ose plus approcher. Elle ne veut pas qu’on lui pose de questions. Elle ne veut plus qu’on la voie.
Et puis il y a François. Bourru, solitaire, parfois maladroit, mais profondément droit et généreux. Quand il trouve Elsa inconsciente sur un rocher, il ne réfléchit pas. Il agit. Il accueille. Et dans ce geste instinctif se révèle déjà toute la force de son personnage. François est sans conteste le pilier du roman, celui sur lequel tout repose. Un personnage lumineux derrière sa rudesse.
Le roman alterne leurs deux voix, deux regards sur le monde, deux passés qui se répondent sans toujours se dire. Il y a beaucoup de silences dans ce livre. Des mots retenus, des gestes simples, des présences discrètes. Laure Manel excelle dans cet art de suggérer plutôt que de montrer, de laisser au lecteur — ou à l’auditeur — l’espace pour ressentir.
La relation entre Elsa et François se construit lentement, avec une délicatesse infinie. Rien n’est brusqué. Ils avancent à tâtons, freinés par leurs blessures, leur peur de s’attacher, leur incapacité à croire que quelque chose de beau puisse encore leur arriver. Et c’est précisément cette lenteur, cette retenue, qui rend leur histoire si crédible et si touchante.
Les révélations sur le passé d’Elsa arrivent par fragments, comme des cailloux semés sur le chemin. On croit comprendre, on se trompe parfois, et puis tout s’assemble. Laure Manel maintient le suspense émotionnel jusqu’au bout.
Impossible aussi de ne pas évoquer la Bretagne, omniprésente, magnifiquement décrite. Portsall, Ouessant, la pointe Saint-Mathieu, les dunes, le vent, la mer… Le décor n’est pas un simple cadre : il accompagne la reconstruction, il apaise, il confronte. C’est un véritable hommage à une région brute, sauvage et profondément vivante.
La délicatesse du homard est un roman sur la fuite, la résilience et les secondes chances. Un roman qui serre le cœur, qui fait parfois mal, mais qui fait surtout beaucoup de bien. J’ai été profondément touchée par Elsa, émue par sa fragilité, et totalement conquise par François, ce héros discret et profondément humain.
Une très belle lecture, magnifiée par sa version audio, et une autrice à suivre de très près.
Un roman sur la fuite, la résilience et les secondes chances.
