La Chambre des Merveilles
Auteurs : Julien Sandrel, Philippe Pelaez et Patricio Angel Delpeche
72 p.
Louis a 12 ans quand un camion le percute et le plonge dans le coma. Le pronostic est sombre. Si son état n’évolue pas, il faudra débrancher le respirateur. Plutôt que de baisser les bras, sa mère Thelma décide de se battre à sa façon : la seule qui lui paraît envisageable.Durant ce temps suspendu à cette décision médicale dramatique, à la place de son fils, elle va réaliser ses « merveilles », toutes les expériences qu’il aurait aimé vivre et qu’il a consignées dans un carnet. À travers elle, il verra combien la vie est belle. Peut-être même que ça l’aidera à revenir. Et si Louis doit mourir, il aura vécu par procuration la vie dont il rêvait.
Certaines lectures laissent une trace durable, une émotion persistante que le temps n’efface pas.
La Chambre des merveilles de Julien Sandrel fait partie de celles-là. J’avais lu le roman il y a plusieurs années, en 2018, et pourtant son empreinte émotionnelle est restée intacte. Lorsque j’ai découvert son adaptation en bande dessinée, j’y suis entrée avec beaucoup d’attentes… et le cœur grand ouvert.
L’histoire, on la connaît : Louis, 12 ans, est victime d’un terrible accident et plonge dans le coma. Le temps est alors compté. Face à l’impensable, sa mère Thelma refuse l’immobilisme. Elle découvre le carnet secret de son fils, rempli de rêves, de listes, de ces envies simples ou démesurées que l’on confie au papier quand on a encore toute la vie devant soi. Plutôt que d’attendre, elle décide d’agir : vivre pour lui, à sa place, et lui raconter. Comme une main tendue entre deux mondes.
Ce que la bande dessinée réussit avec une grande justesse, c’est de traduire visuellement l’émotion brute du roman. Les planches alternent entre l’hôpital, figé, silencieux, presque hors du temps, et l’extérieur, vibrant de couleurs, de mouvements et de vie. Le contraste est saisissant. Il donne corps à ce va-et-vient permanent entre l’espoir et la peur, entre la lumière et l’attente.
J’ai été particulièrement touchée par le personnage de Thelma. Femme active, mère imparfaite, souvent absente malgré elle, elle se révèle profondément humaine. À travers les défis qu’elle se lance – parfois maladroits, souvent courageux – elle se reconnecte à son fils, mais aussi à elle-même. Et aussi à sa propre mère. Cette transmission entre trois générations est l’un des fils les plus beaux et les plus discrets du récit.
Graphiquement, l’album est lumineux. Le trait est expressif. Les visages parlent autant que les mots. On sourit, on rit même parfois, avant d’avoir la gorge serrée à la page suivante. Peu de bandes dessinées parviennent à provoquer un tel ascenseur émotionnel sans jamais tomber dans le pathos.
Bien sûr, on pourra reprocher à l’histoire son aspect presque “conte”, cette succession de rêves réalisés qui semblent parfois irréalisables dans la vraie vie. Mais est-ce vraiment le sujet ? La Chambre des merveilles ne cherche pas à être réaliste : elle parle d’amour, d’espoir, de ce que l’on est prêt à faire quand on refuse de renoncer. Et parfois, c’est précisément ce dont on a besoin.
Cette adaptation en BD est, à mes yeux, empathique, douce et profondément lumineuse. Une lecture qui rappelle l’essentiel : la vie est fragile, précieuse, et mérite d’être vécue pleinement, tant qu’il en est encore temps.
Il ne me reste désormais qu’à découvrir son adaptation cinématographique… avec, je le sais déjà, quelques mouchoirs à portée de main.
Une BD feel good, oui, mais surtout une BD qui touche juste.