Roman "jeunes adultes"

D’entre les pierres de Philippe Arnaud

D’Entre les pierres

Auteur : Philippe Arnaud
Illustratrice : Eléna Dupressoir
176 p.
Sarbacane, 2025

 
 
 
Être si amoureuse, c’est ce dont tout le monde rêve, non ? Liz aime Damien si vite et si fort que plus rien d’autre ne compte autour d’elle. Sans hésitation, elle fonce : mariage, achat d’une petite maison loin de tout dans un joli vallon, leur avenir radieux en ligne de mire. Mais malgré son dévouement, Damien se fait petit à petit pressant, exigeant, jaloux, intrusif… Cran par cran, l’étau se resserre autour de Liz. Qui pourra l’aider à sortir de l’engrenage ?
 
 
 

 

 

Dès les premières pages, D’entre les pierres s’impose comme une lecture qui serre la gorge et ne lâche plus. J’ai été happée par cette histoire d’amour fulgurante, presque idéalisée. Liz aime Damien avec une intensité totale, sans retenue, et c’est précisément ce qui rend la suite si bouleversante. Car très vite, derrière le tableau d’un bonheur parfait, quelque chose grince, dérange, inquiète. L’atmosphère devient pesante, l’angoisse monte sans jamais retomber, et l’on comprend que l’on s’engage dans une lecture aussi captivante que dérangeante.

Philippe Arnaud réussit brillamment à mettre le lecteur dans une position inconfortable : nous voyons le danger arriver bien avant Liz, et cette lucidité forcée est presque douloureuse. On aimerait la prévenir, la protéger, la sortir de là… mais comme souvent dans les relations toxiques, l’amour brouille les évidences. Le portrait psychologique de Damien est glaçant de réalisme, d’autant plus qu’il n’est jamais caricatural. Tout se fait par petites touches, par glissements successifs, et c’est ce qui rend la violence si crédible, si insidieuse. Liz, elle, est profondément humaine : attachante, imparfaite, parfois aveugle, souvent courageuse sans même s’en rendre compte.

L’action se déroule à Bordeaux et dans ses alentours, à quelques kilomètres de chez moi, et cet ancrage géographique a compté dans mon expérience de lecture. Reconnaître les lieux, visualiser les paysages, les routes, les ambiances familières a renforcé mon immersion et rendu le récit encore plus tangible. Cette proximité donne une résonance particulière à l’histoire : le danger semble plus proche, plus réel, comme s’il pouvait se cacher juste au détour d’un vallon ou derrière la façade d’une maison que l’on croit connaître.

À cette tension psychologique s’ajoute une dimension presque hypnotique : la maison. Un lieu à la fois refuge et menace, chargé d’un passé que le village préfère taire. J’ai adoré cette façon de mêler le contemporain à l’historique, le réel au fantastique, sans jamais en faire trop. Le mystère qui entoure les murs, les silences, la figure de Jeanne et les échos de la sorcellerie apportent une profondeur supplémentaire au récit, comme si les pierres elles-mêmes avaient quelque chose à dire. Ce subtil glissement vers le gothique rend l’ambiance encore plus marquante et offre quelques frissons bienvenus au cœur d’un récit émotionnellement intense.

D’entre les pierres est un roman dur, oui, mais surtout nécessaire.

Un roman qui parle de violence, d’emprise, de peur, mais aussi de résilience, de transmission et de voix féminines qui se répondent à travers le temps.

Pour moi, c’est un véritable coup de cœur : un livre qu’on referme bouleversée, marquée, et qu’on n’oublie pas de sitôt.

Un roman prenant, oppressant, fascinant… et profondément humain.

 

 

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