Xipil est une jeune fille de chef promise au sacrifice par son propre père au dieu Caïman. Mais Roi Ours ne voit pas les choses de la même manière, libère la jeune fille et l’emmène avec lui. En agissant ainsi, Roi Ours « vole » son offrande au reptile. C’est à lui que la vie de Xipil revient de droit. Trouver un arrangement sera difficile et Caïman compte bien en tirer le maximum de profit.
Roi Ours, one-shot signé Mobidic, est de ces bandes dessinées qui attire le regard. Une couverture représentant une jeune fille courant dans les bois, des animaux autour d’elle… Et, dès les premières pages, le vernis se craquelle pour laisser apparaître une fable âpre, tragique et profondément bouleversante.
Xipil est la fille d’un chef indien, promise au sacrifice afin d’apaiser la colère de la déesse Caïman. Attachée au totem, offerte par les siens, elle incarne la victime d’une tradition violente que personne n’ose remettre en question. C’est alors qu’intervient Roi Ours, divinité animale à la fois puissante et bienveillante, qui refuse cet ordre sacrificiel. En libérant la jeune fille, il provoque un déséquilibre majeur : il « vole » l’offrande destinée à Caïman, déclenchant une chaîne d’événements où vengeance, négociation et rapports de force entre dieux et humains s’entremêlent.
Mais Mobidic ne se contente pas d’un simple affrontement mythologique. Après une première libération, Xipil est rejetée par son propre village, accusée de fuite et violemment punie. Ce rejet brutal donne au récit une dimension humaine : la peur de l’autre, le poids des croyances, l’exclusion de celle qui ne rentre plus dans le cadre. C’est finalement en l’emmenant dans le monde des divinités animales que Roi Ours lui sauve la vie, lui offrant un refuge… qui n’est pourtant pas entièrement le sien.
Toute la force de Roi Ours réside dans ce contraste permanent. Les dessins, aux courbes rondes et à l’apparente douceur cachent une histoire cruelle, sauvage, qui aborde sans détour le sacrifice, la vengeance, la perte et la compassion. Le découpage, très maîtrisé, alterne avec justesse des scènes d’une intensité dramatique saisissante et des moments de grâce plus silencieux, qui laissent le lecteur respirer… avant de mieux le saisir à nouveau.
Il faut également souligner le travail remarquable de Mobidic, : scénario, dessin et couleur sont portés par une même vision cohérente. Chaque case est soignée, expressive, vivante. Les décors forestiers sont somptueux, baignés d’une lumière presque irréelle. Les émotions passent par les regards, les postures, la gestuelle : tout est lisible, tout est ressenti.
Roi Ours est ainsi un conte merveilleux et tragique, une fable mythologique qui ne laisse pas indemne. On en ressort ému, parfois secoué, avec cette impression rare d’avoir lu une œuvre simple dans sa trame mais d’une grande densité émotionnelle.
Une lecture à la fois fraîche et cruelle, lumineuse et violente.

