Le Papa a dit comme ça : « Les enfants, si vous voulez aller voir votre vieux papinou, il faut aller vous ha… bil…ler. » Les enfants ont tous couru au porte manteau. Eh ben, mais le petit Bidibi ? Il a dit qu’il voulait rester en maillot de bain… Tranquille ! Zoum zou zoum…
Avec Le Petit Bidibi, Serge Valentin et Charles Dutertre signent un album jeunesse délicieusement loufoque, qui célèbre l’enfance dans ce qu’elle a de plus libre, de plus absurde… et de plus attachant. Dès les premières lignes, le ton est donné : une consigne toute simple du papa — s’habiller pour aller voir papi — et une réaction collective parfaitement réglée des grands frères. Tous, sauf… Bidibi.
Car Bidibi, lui, préfère rester en maillot de bain. Tranquille. Zoum zoum zoum. Là où les aînés obéissent, s’activent et se conforment au rituel familial, le petit dernier prend le contre-pied, danse en slip, joue avec les chats et semble évoluer dans un monde parallèle, rythmé par ses propres règles et son propre tempo.
L’originalité du texte de Serge Valentin repose sur une construction répétitive très efficace : chaque situation est d’abord décrite du point de vue des frères, appliqués et disciplinés, avant de laisser toute la place à Bidibi et à sa différence. Ce procédé crée une mécanique comique imparable, renforcée par des rimes, des onomatopées chantantes et une musicalité qui font de Le Petit Bidibi un vrai bonheur de lecture à voix haute. Le prénom lui-même claque comme une ritournelle : un nom qui pétille, qui chante et donne immédiatement le sourire.
Sous son apparente légèreté, l’album joue subtilement avec la question de l’obéissance, sans jamais tomber dans la morale. Le papa ne crie pas, ne s’énerve pas, et l’histoire ne cherche jamais à corriger Bidibi. Il ne s’agit pas de montrer ce qu’il « faudrait » faire, mais d’observer, avec tendresse et humour, ce petit garçon qui suit son envie, à la cool, même lorsque le monde autour de lui continue d’avancer. Les jeunes lecteurs savent bien que dans la vraie vie, on se presserait, on s’agacerait… mais ici, l’absurde prend le dessus, pour le plus grand plaisir de tous.
Les illustrations de Charles Dutertre accompagnent parfaitement cette fantaisie. Riches en détails, dynamiques, baignées de couleurs vives, elles invitent à une lecture attentive où chaque recoin de la page raconte quelque chose. Le graphisme, qui évoque parfois l’illustration des années 70 ou certains dessins animés d’antan, apporte une chaleur et une énergie communicatives. Bidibi, en slip, faisant le poirier en couverture, donne le ton : ici, on ose tout, et surtout le rire.
Le Petit Bidibi est ainsi un album joyeux, rythmé, irrésistiblement drôle, qui fonctionne aussi bien pour les enfants que pour les adultes. On y lit une ode à la fantaisie, à la différence et à la liberté enfantine, sans jamais se prendre au sérieux. Un livre qui se partage, se lit à voix haute, se relit avec le même plaisir, et qui prouve qu’un simple maillot de bain peut parfois suffire à affronter le monde.

