Roman "jeunes adultes"

Les Effacées de Marine Carteron

Les Effacées

Autrice : Marine Carteron
160 p.
Ed. du Rouergue, 2025

 
 
 
Une nuit au musée d’Orsay, Jo se retrouve enfermée dans le bâtiment. Seule au milieu des peintures de maîtres, une mystérieuse Virginie entre en contact avec elle. Elle a une histoire à lui raconter ou plutôt plusieurs, celles des effacées… Ces femmes peintes puis recouvertes ou invisibilisées par le même célèbre artiste : Gustave Courbet. Virginie raconte à Jo son histoire, lui parle de Jeanne, de Constance, d’Euphrasie. De tableaux comme L’origine du monde. Ses mots résonnent chez Jo, font un écho avec ce qu’elle vit, à son époque et changeront pour toujours le regard de la jeune femme.
 
 
 

 

Certains romans se lisent rapidement, puis s’effacent doucement de la mémoire. D’autres, plus rares, s’installent en nous, laissent une trace, et nous accompagnent bien après la dernière page tournée. Les Effacées de Marine Carteron appartient indéniablement à cette seconde catégorie.

Je l’ai dévoré hier soir, d’une traite. Impossible de le lâcher. Peut-être parce que très vite, ce texte murmure à l’oreille des vérités que l’on connaît déjà, mais que l’on n’a jamais vraiment regardées en face.


Jo, adolescente, se retrouve enfermée seule parmi les œuvres après une sortie scolaire au musée d’Orsay après un énième mauvais coup du garçon qui la harcèle.

Le silence, les tableaux, les pas qui résonnent… et puis une voix. Celle de Virginie. Une femme qu’on ne voit pas. Une femme qu’on a effacée.

À partir de là, le roman devient une plongée fascinante et troublante dans le monde de l’art, mais surtout dans ce qu’il a choisi de ne pas montrer.

Virginie raconte. Jeanne, Constance, Euphrasie apparaissent à leur tour. Des femmes peintes, puis recouvertes, remplacées, gommées par un même artiste : Gustave Courbet. L’anecdote autour de L’Homme blessé, où Virginie disparaît du tableau lorsqu’elle quitte le peintre, est terrible. 

Ce qui m’a profondément touchée, c’est la manière dont Marine Carteron relie ces effacements du passé à ceux d’aujourd’hui.
Jo incarne cette invisibilité contemporaine. Victime d’un acte cruel, elle porte en elle une blessure silencieuse. Les mots de Virginie résonnent en elle, font écho à ce qu’elle vit, à ce que tant de femmes vivent encore. Les siècles se superposent, les voix se confondent parfois — et c’est volontaire. On ne sait plus toujours qui parle, ni quand. Comme si l’effacement brouillait jusqu’aux contours de l’identité.

Le texte est d’une justesse bouleversante. Il interroge. Il laisse des blancs. 
En quelques pages, Les Effacées parle de l’absence, de l’indifférence, de l’effacement volontaire, sans jamais tomber dans un discours militant pesant. Au contraire : tout est délicatesse, retenue, émotion à fleur de peau.

J’ai aussi été touchée par la tendresse qui se dégage du texte. Malgré la violence des faits évoqués — le harcèlement, l’invisibilisation, la négation — il y a une immense douceur dans la façon de redonner une voix à celles qu’on ne voulait pas voir. Comme une réparation, fragile mais nécessaire.

J’ai également apprécié les quelques pages en fin de roman où Marine Carteron raconte la genèse de ce roman : sa première rencontre avec Virginie, son retour dans son univers lors d’un atelier d’écriture et puis l’envie (le besoin?) d’aller plus loin, de l’accompagner, de lui donner la parole et de la faire connaître. 

Les Effacées est un roman court, accessible, mais profondément marquant.
Un de ces livres qui laissent une empreinte durable, qui changent notre regard — sur les tableaux, sur l’histoire de l’art, sur les femmes, sur nous-mêmes.

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