Roman "jeunes adultes"

Ash & Rose de Nathalie Bernard

Ash & Rose

Autrice : Nathalie Bernard
300 p.
Ed. Thierry Magnier, 2025

 
 
 
L’été est caniculaire. Presque aussi étouffant que la tension qui règne entre les parents de Rose. Les jours s’égrènent, ternes et semblables. Rose a la sensation presque physique de se diluer dans ce quotidien morose, de devenir aussi transparente que les personnages de cette histoire de fantômes qu’elle tente d’écrire et qui lui résiste depuis des mois.
Une nuit pourtant, alors qu’elle réécrit encore et encore les premières phrases de son roman, un air de musique classique attire son attention. Une silhouette se détache à la fenêtre de la maison voisine, pourtant abandonnée depuis des années. Celle d’un jeune homme éclairé à la bougie, semblant appartenir à une autre époque. Le cœur et l’imagination de Rose s’embrasent.
 
 
 

 

 

Dès les premières pages, la chaleur colle à la peau. Pas seulement celle de l’été, écrasante, immobile, mais aussi celle d’un quotidien qui étouffe lentement Rose, coincée dans une maison où les silences parentaux font plus de bruit que les mots. Elle voudrait écrire, elle doit écrire, mais l’inspiration se dérobe, comme un fantôme trop conscient d’être observé. Et puis, dans la nuit, une bougie s’allume. Une musique s’élève. Et tout bascule.

Dans Ash & Rose, Nathalie Bernard nous entraîne dans une romance à la frontière du réel, teintée de gothique et de mystère, où l’amour surgit comme une échappatoire autant que comme un vertige. Rose est une héroïne profondément seule, privée de sa meilleure amie Victoire, en panne d’écriture, en quête de sens. Son désir de créer est viscéral, presque douloureux, et c’est justement ce manque qui rend sa rencontre avec Ash aussi magnétique qu’inquiétante.

Ash, lui, est une énigme. Il vit la nuit, fuit le jour, rejette la technologie et se glisse dans des lieux abandonnés comme on entrerait dans des souvenirs figés. Leur relation est immédiate, intense, dévorante. Trop, peut-être. Ensemble, ils se construisent un cocon hors du monde, loin des parents, loin des contraintes, loin de la réalité. 

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la finesse avec laquelle Nathalie Bernard aborde ses thématiques. L’amour adolescent, le deuil, le poids du passé, la tentation de disparaître pour moins souffrir… Chaque point de vue existe, respire, se défend. 

J’ai énormément apprécié la dimension artistique du récit : les références à Edvard Munch, qui nourrissent l’imaginaire de Rose et font subtilement écho à son état intérieur, sont intelligemment intégrées et donnent encore plus de relief au texte. On avance sur une ligne de crête, sans savoir si l’on va rester ancré dans le réel ou glisser vers le fantastique… jusqu’aux révélations.

Est-ce un coup de cœur ? Pas tout à fait. Mais il n’en était pas loin.
Je referme Ash & Rose avec le sourire, touchée par cette fin ouverte qui laisse à chaque personnage la possibilité d’un envol — encore faut-il oser le saisir. Comme dans la vraie vie, ils se trompent, s’accrochent, aiment trop fort, chutent, se relèvent. Et surtout, ils vivent.

Une lecture sensible et captivante.

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