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Papa d’Hélène Delforge

Papa

Autrice : Hélène Delforge
Illustrateur : Quentin Greban
66 p.
Mijade, 2023

résumé Papa. Deux syllabes, tant de significations. La fierté qu’on ressent, la peur de mal faire, la douceur qu’on ose dévoiler, l’amour qu’on montre à chaque instant. Il y a tant de papas différents, mais tous souhaitent la même chose : que leur enfant soit le plus heureux du monde.

cequejenaipensé Après la tendresse infinie de Maman, dont je vous parlais hier sur le blog, le duo formé par Hélène Delforge et Quentin Gréban nous offre un album en écho, tout aussi délicat et profondément humain : Papa.

Deux syllabes simples, presque familières. Et pourtant, derrière ce mot se cache un monde. La fierté maladroite, la peur de ne pas être à la hauteur, la pudeur qu’on apprivoise, l’amour que l’on montre parfois en silence. Dans cet album grand format, des pères venus de tous horizons prennent la parole. Parfois ce sont eux qui s’adressent à leur enfant ; parfois la voix s’inverse. À chaque double page, une histoire, un instant suspendu.

La construction rappelle celle de son album complémentaire : une page de texte accompagnée d’un fin dessin au trait, puis une pleine illustration en couleurs. Les aquarelles de Quentin Gréban déploient une douceur lumineuse, teintée d’une légère nostalgie. On voyage à travers les époques et les cultures : un soldat loin des siens, un musicien veillant un enfant malade, un père divorcé réapprenant le temps partagé, un conteur qui réinvente les histoires avec sa fille, un homme qui rêvait d’un fils et découvre qu’il partage tout avec sa fille… Chaque portrait élargit notre regard.

Les textes d’Hélène Delforge, eux, frappent par leur justesse. Tantôt espiègles, tantôt bouleversants, ils esquissent une paternité plurielle, loin des caricatures. Ici, les pères ne sont pas cantonnés au rôle de pourvoyeur ou d’autorité sévère. Ils sont tendres, inquiets, joueurs, imparfaits, émerveillés. Ils doutent. Ils apprennent. Ils aiment, à leur manière.

Un passage interroge avec finesse la définition froide du dictionnaire : « père » ne peut se réduire à une simple opposition. Être papa ne s’oppose pas, ne se divise pas — cela complète, accompagne, construit en équipe. L’album ouvre d’ailleurs la porte à toutes les configurations familiales et rappelle que les rôles ne sont pas figés par le genre, mais modelés par les personnalités et les besoins des enfants. Cette vision, douce et engagée sans jamais être pesante, fait un bien fou.

Comme pour son pendant consacré aux mères, cet album s’adresse autant aux adultes qu’aux enfants. Les plus jeunes seront happés par la richesse des illustrations, par la diversité des visages, des vêtements, des gestes. Les adultes, eux, y liront entre les lignes leurs propres questionnements, leurs propres élans.

Papa est une ode à la paternité dans toute sa complexité. Un livre qui célèbre la pluralité des manières d’aimer, qui rappelle que la tendresse n’a pas de genre, et que l’autorité n’exclut ni la douceur ni les larmes.

Un album précieux, à partager en famille.

 

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