Romance

Le Vent souffle sur Little Balmoral de Sophie Jomain

Le Vent souffle sur Little Balmoral

Autrice : Sophie Jomain
308 p.
Charleston, 2025

résumé Hériter d’un vieux manoir et d’un joli pécule pour le rénover pourrait paraître excitant quand on n’a pas un sou.
Mais hériter d’une maison qui attire les journalistes parce qu’on la pense hantée, un peu moins. Surtout quand le journaliste en question est une vieille connaissance dont on était éperdument amoureuse…
Entre secrets de famille, amour déchu et citrouilles qui envahissent le jardin, l’automne promet d’être particulièrement mouvementé. Et si on ajoute à cela une lettre envoyée il y a plus de quinze ans, se retrouvant par miracle éparpillée aux quatre coins de la maison, alors tout devient chaotique.
À moins que la magie d’Halloween ne s’étire jusqu’à Noël…

  

cequejenaipensé Certaines maisons ne se contentent pas d’abriter des souvenirs. Elles respirent, murmurent, attendent dans l’ombre qu’on revienne à elles. Little Balmoral est de celles qui semblent avoir une âme, une mémoire, presque une volonté propre. Dès les premières pages, on sent que ce manoir niché au cœur de la Creuse ne sera pas un simple décor, mais le véritable cœur battant du roman.

Phèdre pensait revenir de son Canada d’adoption pour régler une succession en quelques jours, vendre la demeure de sa tante et tourner la page. Mais les dernières volontés viennent bousculer ses plans : pour hériter, elle devra restaurer Little Balmoral et y vivre au moins deux ans. Deux ans dans une bâtisse que l’on dit hantée. Deux ans dans un village où elle ne connaît plus personne. Deux ans face à un passé qu’elle avait soigneusement rangé dans un coin de sa mémoire.

Et comme si cela ne suffisait pas, Adam — amour de jeunesse devenu journaliste — débarque pour écrire un reportage sur les manoirs hantés. Oui, le destin a parfois un sens de l’humour redoutable.

Ce que j’ai adoré, c’est cette atmosphère enveloppante, entre mystère et romance. On sent les feuilles mortes crisser sous les pas, on voit les citrouilles envahir le jardin, on entend le vent cogner aux vitres. L’automne s’infiltre dans chaque page, et on s’y love comme dans un plaid trop doux (même si OK je l’ai lu en hiver et pas en automne… mais ces derniers jours bien pluvieux et venteux se prêtaient à une lecture doudou, une lecture cocooning, une lecture chaleureuse). Il y a quelque chose de profondément réconfortant dans cette ambiance petite ville, où chacun semble détenir une pièce du puzzle.

Car puzzle il y a. Une vieille lettre écrite quinze ans plus tôt, mystérieusement dispersée aux quatre coins de la maison. Des fragments retrouvés au fil des pièces, comme une chasse au trésor intime. Cette idée est délicieuse : elle crée une tension tendre, presque espiègle, entre Phèdre et Adam. On les regarde se tourner autour, hésiter, se défier, se protéger… et on fond. Même en devinant certaines trajectoires, le plaisir n’est jamais amoindri. Au contraire, on savoure chaque pas vers la réconciliation. Et nous, lecteurs, guettons aussi ces petits morceaux et même si on comprend assez vite ce que la lettre contient, on s’amuse aussi à passer le filtre magique fourni avec le livre et à découvrir les mots posés sur le papier des années plus tôt.

Phèdre m’a particulièrement touchée. Un peu distante au départ, sur la défensive à cause d’un passé fait de non-dits, elle revient malgré elle sur les terres de son enfance. À travers la rénovation du manoir, c’est elle-même qu’elle reconstruit. Elle affronte les secrets de famille, les regrets, les mots qu’on n’a pas dits à temps. Et cette évolution, toute en finesse, sonne terriblement juste.

Les personnages secondaires apportent cette chaleur qui fait vibrer le roman. Babeth, notamment, veille dans l’ombre avec ses silences pleins de sens. On sent que la tante disparue continue, d’une certaine façon, à tirer les fils de l’histoire. Il y a dans tout cela une pointe de magie discrète, presque halloweenesque, qui donne au récit une saveur particulière — comme si l’étrange se mêlait au réel sans jamais le dénaturer.

Et puis, il y a Sophie Jomain. Elle a ce talent rare de rendre le quotidien ensorcelant. Son écriture est à la fois drôle, tendre et malicieuse. On tourne les pages sans s’en rendre compte, happé par ce jeu de piste sentimental. Et je me suis amusée des notes de bas de page où elle apporte ses réflexions personnelles sur son propre récit ou ses choix de mots !

Le Vent souffle sur Little Balmoral, c’est une lecture cocooning par excellence. Une romance automnale qui réchauffe le cœur, un mystère familial qui titille la curiosité, un manoir qui renaît de ses cendres en même temps que son héritière.

Un roman à savourer avec une tasse de thé brûlant, un plaid sur les épaules… et la certitude que parfois, il suffit d’un vent d’automne (ou d’hiver 😛 ) pour remettre les cœurs à leur juste place.

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