Beautiful Ugly
Autrice : Alice Feeney
Traduit par Élodie Coello
lu par Anatole de Bodinat et Céline Espérin
354 p.
Editions Hauteville, 2026
8h28
Audiolib, 2026
Grady Green, auteur à succès, pense vivre le plus beau jour de sa carrière. Mais alors qu’il appelle sa femme, Abby, journaliste intrépide, il l’entend freiner, sortir de voiture… puis plus rien. Sur place, Abby s’est volatilisée. Voiture, téléphone, fish and chips sur le siège passager : tout est là. Sauf elle.
Un an plus tard, toujours hanté par ce mystère, Grady se retire sur une île écossaise isolée pour écrire. Mais dans ce décor sombre et brumeux, quelqu’un semble décidé à le terroriser en glissant d’anciens articles d’Abby sous sa porte. Et il jurerait avoir aperçu le sosie parfait de son épouse disparue… Hallucination, manipulation ou vérité enfouie ? Et si Abby ne lui avait pas tout dit ?
Certains thrillers divertissent. D’autres vous manipulent avec un sourire en coin. Beautiful Ugly, lui, vous attrape par le col, vous entraîne dans le brouillard d’une petite île isolée et quasi inaccessible… et referme la porte derrière vous.
J’avais beaucoup apprécié mon écoute de Good Bad girl d’Alice Feeney l’année dernière. Et une fois encore, elle m’a eue. Complètement.
Tout commence par un appel. Grady Green, auteur à succès, vit un moment censé être triomphal. Il compose le numéro de sa femme, Abby. Il entend des bruits — un freinage, une portière, le vent peut-être — puis le silence. Quand la voiture est retrouvée au bord d’une falaise, tout est en place. Sauf elle. Abby s’est volatilisée.
Un an plus tard, Grady, ravagé par le chagrin et incapable d’écrire, s’exile sur une île écossaise isolée : Amberly. Et là… l’atmosphère devient étouffant. Le vent, l’humidité, la mer qui cerne tout, les habitants trop polis pour être totalement honnêtes — ce décor insulaire devient un huis clos à ciel ouvert. Impossible de fuir. Impossible de ne pas douter.
En version audio, l’immersion est totale. La voix d’Anatole de Bodinat épouse à merveille la fragilité nerveuse de Grady, tandis que Céline Espérin insuffle une présence troublante aux passages liés à Abby. Les silences, les intonations, le rythme… tout contribue à cette sensation d’être observé, déstabilisé. J’écoutais avec cette petite tension dans la nuque, vous savez, celle qui annonce que quelque chose cloche.
Ce que j’aime profondément chez Alice Feeney, c’est sa manière de jouer avec nous. Elle sème des indices, mais brouille les pistes avec une habileté diabolique. On croit comprendre. On échafaude des théories. Mais elle finit par démonter (presque toutes) nos certitudes une à une. La frontière entre hallucination, mensonge et vérité devient poreuse. Et nos méninges, elles, chauffent sérieusement.
Le roman explore aussi le couple avec une ironie mordante. Les attentes, les illusions, les secrets qu’on pense inoffensifs… jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus. Derrière le mystère, se cache une réflexion acide sur ce que l’on croit savoir de la personne qui partage notre vie. Et c’est peut-être ça, le plus glaçant.
Les derniers chapitres ? Une montée en puissance implacable. Les révélations tombent, le puzzle s’assemble — ou plutôt explose — et j’ai terminé l’écoute avec cette sensation d’avoir été brillamment piégée. Le genre de final qui oblige à repenser tout ce qu’on vient d’entendre. Et qui nous donne envie de relire/réécouter instantanément le roman !
Addictif, sombre, intelligent, parfois dérangeant : Beautiful Ugly porte parfaitement son titre. C’est beau dans sa construction. C’est laid dans ce que ça révèle. Et c’est redoutablement efficace.
Si vous aimez les thrillers psychologiques qui malmènent votre perception et vous laissent légèrement groggy… foncez. Mais ne dites pas que je ne vous avais pas prévenu.