72 p.
Bamboo, 2023
Nous sommes souvent prêts à bien des sacrifices pour préserver une amitié, un amour, un lien. Pour ne pas déplaire. Même à répondre à des attentes qui ne sont pas les nôtres.La façon dont nous avons été élevés, les évènements du quotidien, du monde, font que parfois, vient un moment où nous ne croyons plus au lien avec les autres, à leur présence, à leur amour. Nous nous sentons seul, seul avec nous même, seul avec notre solitude. Mais le contact d’une main, la douceur d’une parole, un sourire, un moment complice, la beauté du monde, peuvent nous aider à croire à nouveau à ces liens.
Aujourd’hui, j’ai refermé Le jour où les liens se tissent, septième tome de la série Le jour où…, et mon cœur est resté un instant suspendu. Comme après une conversation qui touche juste. Comme après ces silences qui en disent long.
Sous la plume sensible de BéKa et les traits délicats de Marko, cette histoire explore ce qui nous relie — et parfois nous éloigne — les uns des autres. Les attaches familiales, les élans du cœur, les amitiés précieuses… mais aussi ces efforts silencieux que l’on fait pour préserver un lien, pour ne pas décevoir, pour correspondre à ce que l’on imagine que l’autre attend de nous.
Clémentine grandit avec cette sensation diffuse de solitude. Enfant unique dans une famille peu démonstrative, elle avance avec ce manque discret d’affection, ce désir d’être choisie, reconnue, aimée pleinement. Elle paraît entourée, sociable, presque lumineuse parfois… et pourtant, à l’intérieur, quelque chose cherche encore sa place. Son parcours traverse l’enfance, l’adolescence, les premiers pas dans la vie adulte, avec cette question en filigrane : comment croire au lien quand on a l’impression qu’il nous échappe ?
Ce tome m’a particulièrement touchée. Peut-être parce qu’il laisse davantage respirer les émotions. Les mots se font plus rares, les silences prennent de l’ampleur, et l’on s’y glisse naturellement. Chacun peut y déposer un souvenir, un doute, une blessure ancienne. Cette respiration donne une profondeur nouvelle au récit. J’ai ressenti une vraie différence dans la narration, plus épurée, plus intérieure, tout en restant fidèle à l’ADN profondément humain de la série.
Ce que j’aime tant dans cette BD, c’est sa bienveillance. Rien n’est brusqué, rien n’est jugé. On y parle d’attentes, de désillusions, de solitude — mais aussi de ces petits riens qui rallument la lumière : une main posée sur la nôtre, un regard sincère, un éclat de rire partagé. Ces instants minuscules qui retissent, patiemment, les fils invisibles.
Les illustrations enveloppent le tout d’une douceur réconfortante. Chaque planche semble murmurer que le lien n’est jamais totalement rompu, qu’il peut se réparer, se transformer, renaître autrement.
Une lecture qui remue, qui questionne notre rapport aux autres et à nous-mêmes, sans jamais donner de leçon. Juste une invitation à regarder nos attaches avec plus de conscience et peut-être un peu plus de tendresse.
Un album lumineux, délicat, profondément humain. Et une série qui, décidément, continue de me toucher là où ça compte.
