Grande admiratrice de Claire Renaud (de Les Mamies attaquent à La valse des petits pas), je ne pouvais décemment pas passer à côté de Mamie Pirouette, son nouveau roman jeunesse paru chez Éditions Sarbacane, dans la pétillante collection Pépix. Et quel plaisir de découvrir ce texte illustré avec malice par Joëlle Passeron !
On entre dans l’histoire par la petite porte d’une école de danse où Mademoiselle Gisèle fait régner une discipline d’un autre âge.
Plié, tendu.
Silence.
Reproches.
Les entrechats s’enchaînent, les remarques piquent, et la passion de Juliette — Juju pour les intimes — commence à s’effriter. La danse, héritage précieux transmis par sa mère et sa grand-mère, vacille sous le poids d’une autorité aussi rigide que ses chignons.
Heureusement, Mamie Marguerite n’est pas du genre à rester assise au bord de la piste : elle insuffle un vent de fantaisie et d’audace dans ce petit monde trop bien cadré. Ce qui aurait pu n’être qu’une gentille rébellion enfantine se transforme peu à peu en aventure collective, intergénérationnelle, presque citoyenne. Derrière son style accessible — parfaitement calibré pour de jeunes lecteurs déjà aguerris — le texte glisse quelques nuances bienvenues. Les personnages, même les plus caricaturaux au premier abord, gagnent en épaisseur. Mademoiselle Gisèle elle-même n’est pas qu’une figure autoritaire figée : un peu d’humanité affleure, discrètement. Le propos dépasse la simple opposition entre sévérité et liberté. On parle transmission, confiance, droit à la créativité… et même, en filigrane, accès à la culture et place des arts dans la société.
La forme participe largement au charme : jeux typographiques, illustrations pleines d’énergie… L’objet-livre devient complice de l’histoire, et ça, les jeunes (et moins jeunes!!) lecteurs adorent.
Côté ton, l’humour adoucit les clichés. Certaines figures restent volontairement appuyées, mais la bienveillance générale enveloppe le tout d’une légèreté qui fait du bien. Mamie, personnage fantasque et savoureux, vole souvent la vedette — et franchement, on la laisserait bien organiser toutes nos révolutions du quotidien.

Mamie Pirouette offre bien plus qu’une histoire de danse. C’est un petit manifeste joyeux pour la liberté d’être soi, pour le dialogue entre générations, et pour le pouvoir du collectif. Une lecture malicieuse à glisser entre les mains des jeunes lecteurs… et pourquoi pas de quelques adultes prêts à retrouver leur âme d’enfant.