160 p.
Grand Angle, 2024
– Par contre, on repeint tout, sauf la chambre jaune !– Encore une de tes lubies ?
– Non, pas du tout… une promesse faite il y a longtemps…
Cet été, Julie retourne dans la maison familiale où elle a passé toutes ses vacances, et que l’oncle Albert souhaite vendre. La nouvelle passe mal. Pour la famille réunie une dernière fois, les retrouvailles sont empreintes de nostalgie. Il y a les jeux d’enfants, les rires, les grandes tablées, les discussions sans fin, quelques disputes aussi…
Les murs ont tout vu et tout entendu !
Julie, enceinte de sept mois, vacille. Elle profite de ce dernier été pour percer le mystère de cette maison et … retrouver l’équilibre.
En refermant Tous nos étés, j’ai eu ce petit pincement au cœur qu’on ressent quand on quitte une maison aimée pour la dernière fois. Pas seulement une maison de papier, mais un lieu qui respire, qui grince, qui garde les secrets et les éclats de rire entre ses murs.
Dans Tous nos étés (déjà paru sous le titre La Maison de la plage aux éditions Marabout), Séverine Vidal nous emmène aux Trémières, cette maison familiale au bord de la plage où les étés ont le goût du sel, des grandes tablées et des disputes vite oubliées. Julie, enceinte de sept mois, y revient alors que tout vacille : Thomas n’est plus là, fauché par un accident, et l’oncle Albert souhaite vendre. Pour certains, ce ne serait qu’un bien immobilier. Pour d’autres, c’est l’enfance tout entière.
Ce qui m’a profondément touchée, c’est ce moment de bascule. Julie arrive chargée de vie et de deuil à la fois. Son ventre rond contraste avec l’absence immense qui l’accompagne. Elle ouvre les volets, laisse entrer l’air, remet le courant… et, presque symboliquement, tente de rallumer quelque chose en elle. Ce dernier été ressemble à un terrible au revoir — à Thomas, à la maison, à une époque.
La BD avance par touches successives, comme les souvenirs qui remontent sans prévenir. 2015, 1968, 1969… Les propriétaires se succèdent (ou plutôt se précèdent vis-à-vis de la construction du scénario ici), les enfants deviennent parents, les murs changent de couleur — sauf cette fameuse chambre jaune qu’on refuse obstinément de repeindre. Une promesse ancienne, une femme mystérieuse qui passe devant le portail… Autant de petits cailloux semés sur le chemin. J’ai aimé cette idée que chaque génération laisse une trace, parfois invisible, parfois indélébile.
Le dessin de Víctor L. Pinel enveloppe le tout d’une lumière douce. Les teintes estivales se mêlent à des nuances plus fanées quand le passé reprend la parole. Son trait capte les silences, les regards en coin, la mélancolie d’un soir d’août. On sent presque la chaleur sur la peau et le sable dans les draps.
Cette lecture m’a ramenée à mes propres vacances d’enfance : les cousins qu’on ne voyait qu’en été, les secrets chuchotés après minuit. Ces maisons-là ne sont jamais seulement des maisons. Elles sont des coffres à souvenirs. Les vendre, c’est parfois avoir l’impression de vendre un morceau de soi.
Une douceur mélancolique, un parfum de fin d’été, cette sensation fragile que tout change et que rien ne revient.
Tous nos étés parle de transmission, de promesses murmurées, de deuil et de renaissance. C’est une BD tendre, iodée, délicatement nostalgique.
