Roman "jeunes adultes"

Lucia Diluvia de Célia Garino

Lucia Diluvia

Autrice : Célia Garino
306 p.
Sarbacane, 2026 (Exprim)


résumé Chez Lucia Diluvia, on ne rigole pas avec les horaires. Ni avec les résultats scolaires. On ne rigole pas beaucoup en fait. Pour un rien, sa mère explose et se transforme en louve-garou et il ne faut pas non plus contrarier son père, moire capable de manipuler les fils du destin. Alors Lucia Diluvia file droit et cache tout ce qu’elle peut à ses parents pour éviter les punitions et les colères pleines de griffes et de crocs. Jusqu’au jour où, au détour d’un exposé, elle rencontre Dulcibella et ses bouclettes caramel-beurre salé. Dulcibella et sa bande de potes qui ouvrent grand une petite lucarne sur la liberté. Que cache le coeur de Lucia Diluvia quand il a enfin la place de s’exprimer ?

cequejenaipensé Difficile de rester indifférente face à Lucia Diluvia. Après le choc émotionnel qu’avait été Un bout du monde, j’attendais beaucoup de Célia Garino — et, sans retrouver exactement le même attachement, j’ai été profondément remuée.

Lucia évolue dans un univers où le « fantastique » surgit comme une évidence : une mère louve-garou, une sœur qui devient bête sous l’effet de la colère… Pourtant, très vite, quelque chose dérange. Ce vernis étrange ne masque rien, il révèle au contraire une réalité brutale : celle d’une famille étouffante, gouvernée par la peur, le contrôle et des violences diffuses mais constantes. Le fantastique agit ici comme une loupe émotionnelle, une manière presque vitale de dire l’indicible.

Ce qui m’a frappée, c’est cette tension permanente dans laquelle Lucia évolue. Tout est calculé, anticipé, contenu. Respirer devient un effort. Alors forcément, la rencontre avec Dulcibella — et avec ce groupe d’amis prennent des allures de liberté. C’est fragile, parfois maladroit, mais essentiel. C’est là que le roman s’ouvre, que Lucia commence à exister autrement que dans la crainte.

Je n’ai pas ressenti un attachement “classique” aux personnages. Ils sont rugueux, souvent ambivalents. Mais c’est précisément ce qui les rend si marquants. Lucia et son frère, en particulier, m’ont bousculée : on sent chez eux quelque chose de profondément abîmé, une colère qui couve, une tristesse sourde. 

Le roman n’épargne pas. Certaines scènes serrent le cœur, tant la violence — psychologique surtout — est palpable. Et pourtant, tout n’est pas noir. Il y a des fissures, des élans, des tentatives de s’en sortir. Une lumière discrète, mais tenace.

Ce que je retiens surtout, c’est la richesse de lecture. Derrière l’étrangeté apparente, Lucia Diluvia parle avec justesse de l’adolescence, de l’emprise familiale, de la loyauté qui enferme autant qu’elle protège.

en bref

C’est un texte audacieux, parfois inconfortable, qui demande qu’on accepte de ne pas tout saisir immédiatement — mais qui, une fois refermé, continue de travailler.

Un roman singulier, déroutant, et profondément humain.

Un petit mot ?