Prix Audiolib/Roman historique

Fief de David Lopez

Fief

Auteur : David Lopez

lu par l’auteur

256 p. / 6h57

Seuil, 2017

Audiolib, 2019

résumé Quelque part entre la banlieue et la campagne, là où leurs parents ont eux-mêmes grandi, Jonas et ses amis tuent le temps. Ils fument, ils jouent aux cartes, ils font pousser de l’herbe dans le jardin, et quand ils sortent, c’est pour constater ce qui les éloigne des autres.Dans cet univers à cheval entre deux mondes, où tout semble voué à la répétition du même, leur fief, c’est le langage, son usage et son accès, qu’il soit porté par Lahuiss quand il interprète le Candide de Voltaire et explique aux autres comment parler aux filles pour les séduire, par Poto quand il rappe ou invective ses amis, par Ixe et ses sublimes fautes d’orthographe. Ce qui est en jeu, c’est la montée progressive d’une poésie de l’existence dans un monde sans horizon.Au fil de ce roman écrit au cordeau, une gravité se dégage, une beauté qu’on extirpe du tragique ordinaire, à travers une voix neuve, celle de l’auteur de Fief.

 

extrait lu par David Lopez

cequejenaipensé Le fief dont il est question ici c’est celui de Jonas, Ixe, Lahuisse, Untel, et du reste de la bande. C’est un quartier. Où il ne se passe rien ou pas grand chose. Ce sont de jeunes adultes. On nous raconte leur quotidien fait de vide. Un quotidien morne où ils sont livrés à eux mêmes, sans but, sans avenir. Ils sont désœuvrés alors ils trouvent de quoi s’occuper… ils vivent leurs propres aventures à leur façon. Ils sont solidaires. De toute façon ils n’ont pas de choix.
L’ennui, c’est de la gestion. Ça se construit. Ça se stimule. Il faut un certain sens de la mesure. On a trouvé la parade, on s’amuse à se faire chier. On désamorce. Ça nous arrive d’être frustrés, mais l’essentiel pour nous c’est de rester à notre place. Parce que de là où on est on n’en risque pas de tomber.
David Lopez, dont c’est le premier roman, nous raconte ce quotidien sans surprise, croque des personnages réalistes. Une bande à laquelle on s’attache au rythme de leurs moqueries, de leurs réflexions, leurs de cartes, leur deal, les ballades à vélo, la boxe… Le ton du roman est aussi plat (volontairement) qu’est leur vie. Il n’y a rien à faire alors ce serait mensonger de rendre le roman trépidant pour raconter la réalité.
Mais si le rythme est délibérément lancinant, ce n’est pas pour autant un roman sans vie. Au contraire. car dans la monotonie de leur journée, ces « racailles » débordent d’humour, de dérision, de répartie. L’écriture de David Lopez est travaillé. Et comme il l’explique dans l’entretien à la fin de l’Audiolib, il a voulu une langue précise, réfléchie pour rendre compte de la vie de ces jeunes, de leurs difficultés et de leur vie sans avenir. Et il y réussit avec brio puisqu’on se projette sans mal dans cette vie fade. Il a aussi une écriture très visuelle. Une écriture vivante, un phrasé authentique, au langage familier (voire par moment vulgaire). Il ne faudrait pas croire que ces jeunes désœuvrés n’ont rien dans la tête. Ils ont une vraie réflexion, un vrai regard sur leur vie, des réflexions philosophiques improbables.

Ixe se lève et me dit viens Jonas, on fait une pause, on va se fumer ça dehors. Je dis oui. Il a l’air d’avoir envie de se calmer mais aussi de ne pas savoir comment. Je lui suggère la machette mais il me montre ses mains calleuses pour me faire comprendre que l’acharnement sur les végétaux c’est un truc qu’il a déjà tenté. Le jardin a tellement changé. C’est à peine croyable. Comme il était, on aurait dit qu’il ne pouvait pas être autrement. Ça lui allait bien, ça racontait quelque chose de lui. Là, ils l’ont rendu fade, je trouve. Alors que c’est plus propre, et que c’est davantage un jardin. Cultiver son jardin, il est gentil Voltaire, mais il faut d’abord savoir ce qu’on veut y faire pousser. La main humaine elle fait des bouquets, des talus, des haies. Des parcs. Pour construire il faut forcer la nature. La transformer. Alors que la nature, elle, ne produit aucun déchet.
Fief n’est pas une critique de ces jeunes, c’est plutôt un portrait réaliste de société. Un instantané de la réalité. L’oisiveté n’y es tpas forcément volontaire, il n’y a pas de jugement, mais juste un constat d’un avenir incertain.
La voix de l’auteur m’a accompagné tout au long de cette lecture car c’est lui-même qui nous lit son roman. Une façon supplémentaire d’appuyer la musicalité des mots qu’il a choisi d’écrire, d’ajouter une dimension, un réalisme pour appréhender ses personnages.
Je ne vous cacherai pas qu’au début de mon écoute, j’ai été un peu déroutée par le rythme, par la forme du texte. J’ai eu peur de m’ennuyer… et au final, j’ai aimé les différents personnages, j’ai apprécié de partager un peu de leur quotidien. C’est un roman plein de tendresse mais c’est aussi un message d’alerte de l’auteur, un écho d’une génération en perdition.
en bref Un récit étonnant, porteur d’un message. Un travail d’écriture recherché.

 

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