Roman

Entre fauves de Colin Niel

couv60173900Entre fauves

Auteur : Colin Niel
Lu par Thierry Blanc, Charlotte Campana, Alexandre Nguyen et Cyril Romoli

9h05

Audiolib, 2022
Éditions du Rouergue, 2020

ROMAN EN SÉLECTION POUR LE PRIX AUDIOLIB 2023

résumé Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des ours. Mais depuis des mois, on n’a plus la moindre trace de Cannellito, le dernier plantigrade avec un peu de sang pyrénéen. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal. Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique. Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas.

cequejenaipenséJe ne savais pas à quoi m’attendre en commençant ce roman. Je n’ai pas lu le résumé. J’ai fait confiance à Hermine, l’attachée de presse de chez Audiolib, dont c’était le coup de cœur. Et j’ai adoré à mon tour ! Un roman puissant, au message fort, un roman envoûtant ! Et la version audio donne une force supplémentaire au message de l’auteur et à la force charismatique de chaque personnage.

Martin est garde nature pour le Parc national de Pyrénées. Sa mission est d’observer la faune, de comptabiliser les naissances, les pertes, de voir l’évolution des différentes espèces. Martin est un spécialiste de l’ours. Et en ce moment il guette le moindre signe de vie de Cannellito, le dernier ours avec du sang pyrénéen. Il est persuadé qu’il a été tué par un chasseur, malgré l’interdiction. Et ça le met dans une rage folle. Il commence à perdre patience face à sa hiérarchie.
D’autant qu’il passe son temps libre sur des forums où les internautes recherchent l’identité de chasseurs se pavanant devant leurs trophées (lion, éléphant, antilope du cap…). Une fois l’identité révélée, ils les dévoilent au grand jour sur les réseaux sociaux afin que l’opinion publique se charge du reste.

On s’était intéressé de près à la chasse aux trophées, à ces brutes dont la passion était d’aller tuer des animaux dans des pays lointains, comme Luc Alphand, l’ancien skieur, tristement connu pour avoir abattu des ours bruns et des mouflons géants au Kamtchatka. Pardon, pas abattu : prélevé, c’était le terme qu’ils employaient, ces gens-là. On s’était rendu compte qu’il n’y avait pas que des Américains pour poser sur Internet à côté de leurs victimes, qu’en France aussi il y avait tout un marché et un bon paquet de chefs d’entreprise ou de riches médecins adeptes de telles pratiques. 

Mais cette fois, c’est différent pour Martin. Peut-être parce qu’il est au bout de sa patience avec de tels individus. Peut-être parce que celle-ci semble jeune. Cette fois, c’est une jeune femme qui pose avec un lion. Tué par une flèche. Martin va tout faire pour trouver son identité. Et peut-être qu’il s’occupera lui-même de son sort. Vu que même la colère de l’opinion publique n’arrête pas ces chasses.

On va suivre Martin, mais pas seulement. Il y aura aussi Apolline la jeune chasseuse, Komuti, un jeune Himba de Namibie et enfin Charles le lion.

Les trois personnages ont un but qui tourne tous autour de lion Charles. Martin veut le venger, Apo et Komuti veulent l’éliminer. En effet, la narration se passe sur des temps différents selon les personnages. Martin qui cherche l’identité, Apo et Komuti, quelques mois plus tôt, qui cherchent le lion. Ces deux-là, pour différentes raisons, cherchent à prouver à leur père qu’ils sont capables.

On se retrouve plonger au cœur de ces trois quêtes. Chacun a ses raisons. Le lecteur éprouvera forcément de l’empathie pour chacun d’entre eux, mais sera amener aussi à juger leurs actes. Qui a tord ? Qui a raison ?

Nous savions tous ce qui s’etait passé à Tomakas. Là-bas, des attaques de lions sortis de l’Hoanib, les éleveurs hereros et damaras en avaient connu plus que nulle part ailleurs. Alors, fatigués de voir leur bétail ainsi décimé, ils avaient réglé le problème eux-mêmes, à coups de poison enduit sur les charognes de leurs bêtes, que les félins allaient inévitablement revenir manger pendant plusieurs jours. Trois lions étaient morts empoisonnés, là-bas, en quelques mois seulement.

L’écriture de Colin Niel est visuelle, puissante. On est entraîné dans ce récit, dans cette intrigue entremêlée. La tension monte au fil des pages (ou de l’écoute dans mon cas). Les descriptions des différents paysages sont réalistes : on est plongé au cœur des Pyrénées mais aussi dans la savane frappée par la sécheresse de Kaokoland en Namibie. Colin Niel par ce roman fait prendre conscience de la fragilité de notre écosystème, de la biodiversité en train de s’éteindre dans la presque totale indifférence publique, voire même avec la complicité éclairée d’une partie de la population mondiale. Mais il soulève aussi d’autres éléments de réflexion sur l’épineux problème de la préservation de la biodiversité et du « vivre avec en intelligence ».

Avec amertume, je me suis souvenu de l’époque où j’avais intégré le parc national, du jeune garde que j’étais à mes débuts, plein de zèle et de bonnes intentions, persuadé d’avoir trouvé là le boulot de mes rêves. Sûr que j’avais déchanté depuis ce temps-là, compris que la nature, les hommes étaient plus forts pour la détruire que pour la préserver, parc national ou pas.

Dans la version Audiolib, quatre acteurs portent le roman : Thierry Blanc (Martin), Charlotte Campana (Apolline), Alexandre Nguyen (Komuti) et Cyril Romoli (Charles et Cannellito). Quatre voix qui apportent une puissance supplémentaire au récit. J’ai apprécié ce choix de plusieurs acteurs qui me semblent essentiel dans ce récit. On identifie sans peine, à l’écoute, quel personnage prend la parole et à quelle moment du fil narratif nous nous trouvons. 

en bref

Confrontation entre chasseurs et chassés, entre traqueurs et proies. A tour de rôle. Un roman puissant, riche en réflexion. Bravo !

Merci à Netgalley et à Audiolib pour cette écoute.

coup de coeur

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