Marche ta peine
Autrice : Maryvonne Rippert
319 p.
Éditions Milan, 2022
Ulis est beau, charmeur, charmant. Il plaît aux filles et est très populaire au collège. Enfin… il était. Car, depuis ce qui est arrivé à Noah, tout le monde le déteste.Pour échapper au centre de détention pour mineurs, Ulis doit participer au programme « Marche ta peine » : deux mois de randonnée à travers la France, au côté d’André, un homme bourru et taiseux, qui a remplacé à la dernière minute l’éducateur qui devait l’accompagner. Deux mois pour que le garçon réfléchisse à ce qu’il a fait. Car Ulis ne comprend pas ce qu’on lui reproche : après tout, ce n’est pas lui qui a poussé ce boloss de Noah par la fenêtre ! Il n’y est pour rien s’il a voulu se suicider !
Pas après pas, étape après étape, Ulis remplit le journal que la juge lui demandé de tenir et revient sur son histoire, sur ses souvenirs.
Un road trip pas comme les autres !Ulis est un ado charmeur et populaire… Enfin plus vraiment maintenant. Il a été exclu de son lycée et il vient d’échapper au centre de détention pour mineurs au profit d’un programme nommé « Marche ta peine ». Au côté d’un éducateur il va marcher pendant deux mois. Une façon de se réhabiliter, une façon d’entamer une introspection, une façon de comprendre comment il en est arrivé là, une façon de comprendre pourquoi il a fait ce qu’il a fait…
Car nous ne savons pas pourquoi il est là, à devoir purger cette peine. Nous l’apprendrons au fur et à mesure.
Ulis devait marcher avec un éducateur en Croatie. Ce dernier tombe malade la veille du départ et à la place il devra faire avec André un vieil homme bourru et taiseux. Et ils partiront sur les routes de France!
Ulis est déçu mais il préfère quand même ça au centre de détention… quoique le départ est difficile. On est en hiver, il pleut et marcher n’est pas si facile que ça…
La marche va avoir une forme de catharsis pour Ulis. Il va faire des rencontres qui vont peu à peu l’aider à prendre conscience de ce qu’on lui reproche, lui qui ne sent pas coupable… ou qui essaie de se persuader qu’il ne l’est pas.
J’ai aimé suivre ce cheminement. Suivre ces deux hommes, l’un avec des lourdes bagages du passé qui vont refaire surface, l’autre, un homme en devenir, qui se construit, qui a fait des erreurs qu’il ne comprend pas, n’assimile pas, des erreurs qui le rongent…
La marche va nettoyer son âme… et ça fait mal.
André, l’éducateur « de secours », a aussi une histoire similaire à Ulis. Une histoire qui lui pèse sur la conscience depuis des années. Se retrouver aux côtés d’Ulis, marcher et rencontrer certaines personnes vont l’aider lui aussi.
J’ai aimé que l’autrice, Maryvonne Rippert, place son récit sur le thème du harcèlement du point de vue du « bourreau ». Il est intéressant de suivre son chemin vers la prise de conscience de la gravité des actes qu’il a commis envers un de ses camarades : déni, culpabilité mais aussi les raisons inconscientes qui l’ont conduit jusque là… car si je suis d’accord que pour la majorité des harceleurs il s’agit d’une question de pouvoir, d’ascendance et d’une bonne part de co***** et de méchanceté humaines (j’en ai été victime), il y a aussi parmi eux des gens en souffrance, qui agissent ainsi pour des raisons bien précises dont ils n’ont souvent pas réellement conscience. Cela n’excusent en rien leurs actes, on est d’accord, mais ces personnes-là ont aussi un besoin de soutien psychologique pour se comprendre, pour ne plus agir ainsi.
Ulis est un ado qui roule des mécaniques, qui sait se montrer charmeur… mais quand il est seul face à lui-même c’est autre chose. La juge lui a demandé de tenir chaque jour un petit journal de bord où il doit inscrire son ressenti, et au cours de sa marche on pourra y lire son évolution, sa prise de conscience et sa remise en question.
Un roman humain, abordant le thème du harcèlement et de ses conséquences. Un roman qui mène à la réflexion.