Seuls les désespérés prennent le risque de s’embarquer sur le Jakarta.
A son bord, un équipage issu des bas-fonds d’Amsterdam et assez d’or et de diamants pour exciter les plus folles convoitises.
Un baril de poudre sur un enfer flottant. Invitée improbable dans cette traversée vers le cauchemar, Lucrétia Hans devient la seule à pouvoir empêcher Jéronimus Cornélius, apothicaire hérétique et ruiné, d’allumer la mèche…
Bon voyage.
Nous sommes en 1629. Le Jakarta, un navire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, s’apprête à faire voile vers l’enfer. À son bord, un équipage de repris de justice et une cargaison d’or et de diamants. Mais au milieu de cet équipage peu recommandable, il y a deux passagers qui ne devraient pas être là : Lucrétia Hans, une jeune femme issue de la haute société, et Jéronimus Cornélius, un apothicaire ruiné et hérétique. L’un est la promesse d’une civilisation perdue, l’autre est le catalyseur d’une barbarie à venir (ou pas).Le scénario de Xavier Dorison est une mécanique d’horlogerie. Il prend son temps pour mettre en place ses personnages et son cadre. Chaque scène est pensée pour faire monter une tension sourde, une angoisse latente. On assiste à une lente dérive, non pas du navire, mais des âmes qui y vivent. L’autorité, la soumission, l’empathie, tout est mis à l’épreuve dans ce microcosme flottant. La narration est académique, mais c’est cette rigueur qui la rend si efficace. Pas de raccourcis, pas de facilité. Juste les faits, bruts, et leur terrible conséquence.
Les dessins de Timothée Montaigne participent activement à cette tension. Le trait est minutieux. Le Jakarta est représenté dans ses moindres détails, des ponts aux cordages, créant un sentiment de réalisme oppressant. Les personnages ne sont pas des héros, mais de simples humains, avec leurs postures et leurs expressions, capturés avec une honnêteté désarmante. L’auteur ne cherche pas à embellir, à romantiser. Il nous montre la réalité de l’époque : l’humiliation des marins, la violence des châtiments, la promiscuité, la misère.
Cette honnêteté est d’ailleurs la force de l’œuvre. Elle nous met face à l’indicible. C’est l’histoire d’un homme qui pourrait être jugé pour ses actes, mais qui, en réalité, n’est que le reflet d’un système qui a fait de lui ce qu’il est.
1629 ou l’effrayante histoire des naufragés du Jakarta n’est pas une simple bande dessinée. C’est une œuvre qui interroge, qui bouscule. C’est le récit du naufrage d’une humanité qui, une fois les règles et les conventions sociales disparues, se retrouve à la merci de ses pulsions les plus sombres. Un premier tome magistral, qui nous laisse sur le quai, avec le sentiment d’avoir assisté à une tragédie inéluctable.
On attend la suite avec une impatience mêlée d’effroi.
