La Librairie hantée
Titre original : The Haunted Bookshop
Auteur : Christopher Morley
trad. par Oscar Lalo
288 p.
Récamier, 2025
Roger et Helen Miffin, après avoir parcouru la Nouvelle-Angleterre dans leur librairie ambulante, décident de s’installer à Brooklyn pour ouvrir leur commerce de livres.Mais rapidement, des phénomènes curieux se déroulent dans cette ambiance feutrée à l’odeur de tabac. Et le propriétaire semble ne pas les remarquer. Une apprentie libraire et un publicitaire vont alors tenter de percer le mystère de cette Librairie hantée…
La porte de la librairie s’ouvre sur une odeur de tabac, de papier et de promesses littéraires. Dans La Librairie hantée, Christopher Morley nous invite à retrouver l’inoubliable Roger Mifflin, ce petit libraire passionné que les lecteurs avaient déjà rencontré dans La Librairie ambulante. Mais cette fois, fini les routes de Nouvelle-Angleterre : Mifflin et son épouse Helen ont posé leurs valises à Brooklyn pour ouvrir leur propre librairie.
Dès les premières pages, on ressent cette atmosphère si particulière : un lieu chaleureux, presque feutré, où les livres semblent vivre une existence secrète. Chez les Mifflin, on ne vient pas seulement acheter un ouvrage. On vient discuter, réfléchir, découvrir des auteurs, parfois même changer un peu sa façon de voir le monde. Roger Mifflin est de ces libraires qui parlent des livres comme d’anciens amis, avec un enthousiasme communicatif et une foi absolue dans le pouvoir de la littérature.
Retrouver ce personnage est un vrai bonheur. Toujours aussi passionné, toujours aussi attachant, il possède ce don rare : transmettre son amour des livres à tous ceux qui croisent sa route… lecteurs compris.
L’intrigue prend pourtant une tournure inattendue. Dans cette librairie paisible, certains phénomènes intriguent. Des ouvrages disparaissent mystérieusement avant de réapparaître. Des comportements étranges se multiplient. Et tandis que Mifflin semble étrangement indifférent à ces bizarreries, deux personnages vont se retrouver embarqués dans l’aventure : Titania Chapman, jeune apprentie libraire curieuse et vive, et Aubrey Gilbert, publicitaire ambitieux venu initialement pour des raisons bien plus commerciales que littéraires.
Leur enquête, faite de filatures, de suppositions et de découvertes, apporte au roman un charme délicieusement insolite. Mais le véritable cœur du livre n’est pas le mystère : c’est la littérature elle-même.
Chaque page déborde d’amour pour les livres. Les références littéraires s’y glissent naturellement, comme si les auteurs eux-mêmes hantaient les rayonnages. La librairie devient alors un lieu presque magique, habité par les idées, les mots et les esprits de ceux qui les ont écrits. Une librairie « hantée », au sens le plus poétique du terme.
Lire ce roman, c’est avant tout ressentir quelque chose : la joie simple de se perdre dans les pages, la tendresse pour des personnages profondément humains, et cette sensation familière pour les amoureux de lecture… celle de se sentir parfaitement à sa place parmi les livres.
Roger Mifflin reste l’âme du récit. Son enthousiasme, sa philosophie de lecteur et sa manière de voir la littérature comme un remède aux petits maux du quotidien en font un personnage irrésistible. À lui seul, il incarne toute la magie de ce roman. Tout y respire la passion, la curiosité et la joie de lire. C’est une histoire douce, malicieuse, parfois cocasse, qui rappelle pourquoi les livres occupent une place si précieuse dans nos vies.
Refermer La Librairie hantée, c’est quitter un endroit où l’on se sentait bien. Mais c’est aussi repartir avec l’envie immédiate de pousser la porte d’une librairie… ou d’ouvrir un nouveau livre.
Et peut-être, qui sait, d’y croiser l’esprit enthousiaste de Roger Mifflin.
