64 p.
Grand Angle, 2025
Amir, un jeune réfugié kurde plutôt discret, et Théo, un vieux clochard français, bavard et politiquement incorrect, survivent dans la rue. Mais leur relation vole en éclat lorsqu’ils trouvent un chien perdu, alors qu’Amir les déteste. Théo garde avec lui l’animal, pourtant recherché par ses propriétaires. Mais il se fait passer à tabac et Amir n’a d’autre choix que de récupérer ce chien.
Difficile pour moi de résister à un nouvel album de Bruno Duhamel. Depuis ma découverte de Jamais, je guette chacune de ses sorties avec une curiosité intacte — et, soyons honnête, une certaine impatience. Avec Whisky, j’ai retrouvé tout ce qui me touche chez lui : une humanité à fleur de peau, des personnages cabossés, et cette capacité à raconter beaucoup, sans jamais en faire trop.
Sur les quais de Seine, Amir et Théo ne vivent pas vraiment : ils tiennent debout, c’est déjà ça. L’un est jeune, discret, marqué par un passé qu’on devine lourd. L’autre est bavard, un peu râleur, souvent à côté de la plaque — mais terriblement vivant. Leur quotidien, fait de débrouille et de petits riens, bascule le jour où un chien entre dans l’équation. Whisky. Et avec lui, tout se complique.
Ce qui aurait pu être une simple histoire de rencontre devient un récit beaucoup plus fin. Le chien agit comme un révélateur : des blessures d’Amir, du besoin d’attachement de Théo, et de leurs différences culturelles parfois sources de tension, parfois de dialogues savoureux. Entre eux, ça grince, ça pique, mais ça sonne juste.
J’ai particulièrement aimé cette manière qu’a Duhamel de mêler l’humour à des thématiques plus dures. On sourit souvent — notamment face aux réflexions un peu limites de Théo — mais jamais au détriment des personnages. Au contraire, ces touches d’ironie rendent leur réalité encore plus palpable. Derrière les échanges, il y a aussi une critique discrète mais bien présente de notre société, de son indifférence, de ses contradictions.
Côté dessin, le trait de David Ratte apporte une vraie sensibilité au récit. Les visages sont expressifs, les ambiances urbaines oscillent entre grisaille et éclats de lumière, et chaque case semble porter une émotion. Il y a quelque chose de très vivant dans cette mise en images, qui renforce encore l’attachement aux personnages.
Et puis il y a Whisky, bien sûr. Impossible de ne pas s’attacher à cette petite boule de poils qui, mine de rien, devient le cœur battant de l’histoire.
Whisky est une BD qui prend son temps, qui installe ses personnages et nous laisse les apprivoiser. Une lecture douce-amère, pleine de tendresse et de pudeur, qui parle de solitude, de lien, et de ce qui nous raccroche, parfois, au monde. Une fois refermée, elle laisse cette sensation un peu rare : celle d’avoir partagé un moment avec des êtres profondément vrais.
Whisky est une BD qui prend son temps, qui installe ses personnages et nous laisse les apprivoiser. Une lecture douce-amère, pleine de tendresse et de pudeur, qui parle de solitude, de lien, et de ce qui nous raccroche, parfois, au monde. Une fois refermée, elle laisse cette sensation un peu rare : celle d’avoir partagé un moment avec des êtres profondément vrais.

