Yojimbot
1. Silence métallique
Auteur : Sylvain Repos
160 p.
Editions Dargaud, 2021
Japon, 2241. Suite à la « 3e crise de l’homme », la surface de la Terre est devenue inhabitable pour l’être humain. Parmi les ruines, ne restent que des robots.
Mais l’un d’eux (un Yojimbot, robot samouraï) tombe inopinément sur Hiro, un jeune garçon, et son père qui cherchent à échapper à une troupe armée. Le Yojimbot se défait de l’escouade et sauve l’enfant. Il va vite comprendre que, de la survie d’Hiro, dépend le sort de l’humanité…
Un premier tome au rythme effréné où les sabres s’entrechoquent au gré de combats dantesques dans une ambiance post-apocalyptique des plus abouties !
Deux collègues, un conseil enthousiaste, et me voilà plongée dans le tome 1 de la série bande dessinée Yojimbot (Silence métallique). Franchement ? Je leur dois un merci appuyé.
Dès les premières pages, quelque chose accroche immédiatement : ce mélange étrange entre silence et fureur. Le monde est vidé de ses humains, avalé par une catastrophe dont on ne comprend pas encore tout, mais qui pèse sur chaque case. Et au milieu de ce décor figé, presque méditatif, surgissent des éclats de violence fulgurants — des sabres qui s’entrechoquent, des machines qui se déchirent avec une précision presque chorégraphiée.
Le cœur du récit, pourtant, n’est pas dans ces affrontements spectaculaires. Il bat ailleurs. Dans la rencontre improbable entre un enfant, Hiro, et un robot samouraï programmé pour protéger. Une relation qui aurait pu être froide, mécanique… et qui se révèle étonnamment touchante. À plusieurs reprises, j’ai oublié que ces gardiens silencieux ne sont que des assemblages de métal. Ils ont une présence, une dignité, presque une âme. Et ça, c’est sans doute l’un des plus beaux tours de force de Sylvain Repos.
Visuellement, c’est une claque. Les planches respirent, alternent entre explosions d’énergie et moments suspendus où l’on prend juste le temps de contempler. Les couleurs, parfois vives, parfois apaisantes, donnent une identité très forte à cet univers post-apocalyptique qui aurait pu être austère, mais qui ne l’est jamais vraiment. Il y a même une forme de douceur dans ces paysages abandonnés, envahis par la nature, comme si le monde avait trouvé une autre manière d’exister.
Ce qui m’a particulièrement plu, c’est cette tension permanente entre tradition et modernité. Des robots ultra-technologiques qui suivent un code d’honneur ancestral, des combats futuristes menés comme des duels d’un autre âge… Ce contraste crée une ambiance unique, presque poétique. On est à la fois dans un récit d’anticipation et dans une épopée de samouraïs.
Et puis, il y a ce choix audacieux : ne pas tout expliquer. Beaucoup de questions restent en suspens. Pourquoi l’humanité a-t-elle disparu ? Qui traque Hiro ? Où tout cela mène-t-il vraiment ? Au lieu de frustrer, ça m’a plutôt embarquée. Comme Hiro, on avance un peu à l’aveugle, porté par l’instinct et par l’envie de comprendre.
Au final, cette lecture m’a donné cette sensation rare : celle d’avoir découvert un univers qui a déjà une âme, dès son premier tome. C’est nerveux, beau, parfois mélancolique, souvent impressionnant — et surtout profondément humain, malgré l’absence… d’humains.
Autant dire que la suite est déjà sur ma liste.
