Hagard est un garçon curieux et passionné d’Histoire. Dès qu’il s’endort, ses aventures nous entraînent dans des voyages à différentes époques pour découvrir notre patrimoine historique. Cléo, l’amie d’Hagard, fête son anniversaire à Samara, parc de reconstitutions préhistoriques. Notre jeune héros voit là l’occasion rêvée de tester et comprendre ses pouvoirs, tout en parcourant trois périodes charnières de notre civilisation : le Néolithique, l’âge du Bronze et la guerre des Gaules !
Il y a des séries qui s’essoufflent au troisième tome, cherchant à reproduire ce qui a déjà bien fonctionné. Hagard, lui, choisit une autre voie : s’épaissir, sans jamais s’alourdir.
Cette fois, c’est un anniversaire qui donne le coup d’envoi. Cléo invite ses amis au parc de Samara, site de reconstitutions archéologiques niché dans la Somme, et Hagard y voit une occasion inespérée : comprendre enfin d’où vient ce don étrange qui l’emporte dans le passé dès qu’il ferme les yeux. Ou, en l’occurrence, dès qu’une volute de fumée lui chatouille les narines. Le déclencheur change, mais la magie, elle, reste intacte.
Ce qui surprend davantage dans ce volume, c’est la densité. Trois périodes traversées – le Néolithique, l’âge du Bronze, la guerre des Gaules – et pourtant, jamais le sentiment d’être bousculé. Le récit respire, chaque époque possède sa propre texture, sa propre couleur narrative. On passe de la terre battue des premiers villages à l’éclat sombre du métal, puis au fracas des confrontations gauloises, avec fluidité.
Mais ce tome introduit aussi une petite nouveauté qui fait toute la différence : un compagnon de voyage inattendu. John Peter, présentateur de télévision aussi enthousiaste qu’encombrant, se retrouve embarqué dans les aventures temporelles d’Hagard, sans qu’on sache très bien ni comment ni pourquoi. Ce mystère, justement, donne au récit une légère tension supplémentaire, un fil à tirer. Le personnage est drôle précisément parce qu’il n’est pas là pour l’être : il est maladroit, un peu ridicule, et les enfants qui l’entourent ne s’en cachent guère. Mais sa présence force Hagard à ne plus être le seul dépositaire du savoir – et cette redistribution des rôles humanise le héros de façon bienvenue.
L’humour, lui, n’est jamais loin. Un labyrinthe, un clin d’œil à l’univers du jeu vidéo, et Jules César en guest-star !
Sur le plan graphique, la série confirme ce qui fait sa force : une lisibilité immédiate, des personnages dont l’expressivité compense ce que le texte ne dit pas, et une colorisation qui sait distinguer les époques sans tomber dans le didactisme visuel. Les planches explicatives, intercalées entre les séquences narratives, poursuivent leur rôle discret mais essentiel : elles invitent à s’arrêter, à revenir, à approfondir – sans jamais avoir l’air d’une leçon de rattrapage.
Ce troisième tome donne le sentiment d’une série qui a trouvé sa vitesse de croisière, et qui s’y installe avec confiance. Hagard n’explique pas l’histoire : il la traverse, la respire, parfois la subit. Et c’est précisément pour cela qu’on a envie de le suivre encore.

