Auteur : Damien Galisson
272 p.
Sarbacane, 2026 (Exprim)
La barbe ce mariage…Camille s’en serait bien passée. Elle qui n’avait jamais entendu parler de sa tante avant d’être obligée d’aller à ses noces, traîne des pieds à l’idée de devoir jouer à la petite fille modèle. Mais c’est aussi l’occasion d’aller explorer le manoir où sa mère a grandi, manoir dont elle vient également d’apprendre l’existence…
Que cache donc la famille de sa mère ? Quel secret peut bien se nicher dans le grand domaine brumeux ? Et ces drôles de grincements qui résonnent dans les couloirs de la demeure ? Ces portes fermées à clé et ces bruits de pas qui semblent la suivre dans la nuit ?
L’adolescente est loin de se douter de ce qui se trame derrière la belle façade, entre les vitraux et les balustrades…
Difficile de ressortir indemne de Celui qui hantait le manoir. Ce roman m’a happé avec une facilité presque inquiétante, comme ces vieilles demeures qui semblent vous observer avant même que vous n’en franchissiez le seuil.
Tout commence pourtant sur une note presque banale : un mariage auquel Camille n’a aucune envie d’assister. Une tante inconnue, une robe imposée, l’ennui annoncé… et puis ce manoir. Ce lieu chargé d’un passé dont sa mère n’a jamais parlé. Très vite, l’atmosphère bascule : le décor devient personnage, les murs semblent respirer, les couloirs chuchotent. On sent que quelque chose cloche, et cette sensation ne nous lâche plus.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la manière dont Damien Galisson installe une tension sourde, presque insidieuse. On n’est pas dans l’horreur frontale, mais dans une angoisse qui s’infiltre lentement : un bruit de pas dans la nuit, une porte fermée, un détail qui ne devrait pas bouger… et pourtant. Le fantastique se mêle au réel avec une fluidité troublante, jusqu’à ce que la frontière devienne floue.
Camille est une héroïne comme on les aime : lucide, un peu rebelle, et surtout profondément humaine. Elle doute, elle râle, mais elle avance. Sa relation avec Mathis apporte une touche de légèreté bienvenue, sans jamais désamorcer la tension. Ensemble, ils forment un duo attachant, fragile face à ce qui les dépasse.
Mais au-delà du mystère, c’est bien une histoire de famille qui se joue ici. Secrets enfouis, silences lourds, héritage invisible… Le roman explore avec justesse la manière dont le passé peut hanter le présent — parfois au sens très littéral. Il y a dans cette histoire une mélancolie réelle, un drame sous-jacent qui donne du poids à l’ensemble.
La forme du récit, avec ses rythmes variés et ses élans presque poétiques, renforce cette immersion. On avance vite, porté par des phrases qui frappent juste, qui traduisent parfaitement les émotions de Camille et l’étrangeté du lieu.

