Bande dessinée

Ces lignes qui tracent mon corps de Mansoureh Kamari

Ces lignes qui tracent mon corps

Autrice : Mansoureh Kamari

195 p.
Casterman, 2026

résumé En Iran, selon la loi islamique, le père de famille est propriétaire du sang de ses enfants, il ne peut donc être poursuivi pénalement s’il s’en prend à sa progéniture. De là découle en partie la construction de la société iranienne où l’homme a les pleins pouvoirs, notamment sur les femmes, en toute impunité. Mansoureh Kamari se souvient ici de son enfance et de son adolescence sous ce joug masculin. Elle expose des faits : les interdictions multiples (rire, chanter, danser, aimer), la possibilité d’être mariée à 9 ans, exécutée à 15, après avoir été violée… Elle raconte les agressions sexuelles répétées, dans la rue, le taxi, chez le médecin, à la fac… Et la peur constante, l’impuissance, l’incapacité à maîtriser son destin. Mais Mansoureh a fuit l’Iran, elle a réussi à sortir de cette oppression permanente, et cet album est aussi l’histoire d’une métamorphose, celle d’une femme recouvrant sa liberté.

cequejenaipensé Certaines lectures laissent une trace discrète. D’autres vous traversent de plein fouet.
Ces lignes qui tracent mon corps fait partie de celles qu’on referme avec le souffle un peu coupé.

À travers son récit autobiographique, Mansoureh Kamari raconte son enfance et son adolescence en Iran, dans une société où le corps des femmes appartient d’abord aux autres : au regard des hommes, aux traditions, aux lois, à la peur. Et c’est justement ce qui rend cette BD si bouleversante : tout passe par le corps. Un corps qu’il faut cacher, surveiller, faire taire. Un corps qui apprend très tôt qu’il doit se méfier.

Ce qui m’a profondément marqué pendant cette lecture, c’est cette accumulation d’interdits qui finit par étouffer jusqu’à l’existence même. Ne pas rire trop fort. Ne pas courir. Ne pas chanter. Ne pas danser. Ne pas être vue. Ne pas être libre. On ressent cette oppression diffuse à chaque page, comme une tension permanente qui ne laisse jamais vraiment respirer.

Et pourtant, au milieu de cette violence quotidienne, il y a aussi quelque chose de très fort : la résistance intérieure. Une manière de continuer à exister malgré tout. Dans un regard, dans un souvenir, dans le dessin, dans l’art. Cette BD parle évidemment de domination et de peur, mais elle raconte aussi la lente reconquête de soi.

J’ai énormément aimé le parti pris graphique. Le trait reste sobre, parfois presque fragile, mais il transmet une émotion incroyable. Certaines planches m’ont réellement arrêtée dans ma lecture tant elles dégagent quelque chose de lourd, de silencieux, d’intime. Les contrastes entre les scènes lumineuses de l’enfance et celles, plus sombres, de l’adolescence rendent le récit encore plus poignant.

Ce que raconte Ces lignes qui tracent mon corps dépasse d’ailleurs largement une histoire personnelle. À travers son vécu, c’est toute une réflexion sur la condition des femmes, la honte imposée, la peur ancrée dès l’enfance et la difficulté de se réapproprier son propre corps qui se dessine.

C’est une lecture dure, parfois révoltante, mais profondément nécessaire. Une BD qui secoue autant qu’elle émeut, et qui continue de résonner longtemps après la dernière page.

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