« Mon nom c’est Lomar, Philippine Lomar. J’ai treize ans et demi.Ce que je veux faire plus tard, je le fais déjà : je suis détective privée.
J’écrabouille les embrouilles, et il vaut mieux s’offrir mes services que de subir mes sévices, parce que si je vous prends en grippe, vous n’avez pas fini de vous moucher. »
« Un jour, je reçois un appel en urgence d’une fille de douze ans pour venir en aide à sa grande sœur, en pleine déprime. Il semblerait que la môme chagrin se soit amourachée d’un mec plutôt chafouin qui trempe dans de louches affaires… »
Parmi les séries jeunesse qui savent divertir tout en abordant des sujets de société avec intelligence, Les Enquêtes de Philippine Lomar occupent désormais une place de choix à la bibliothèque. J’ai pris beaucoup de plaisir à faire la connaissance de cette héroïne aussi attachante qu’imprévisible (malheureusement je n’ai pas pu lire le premier tome car il n’est plus disponible).
Dans Le Braqueur de cœur, Dominique Zay entraîne une nouvelle fois sa jeune détective sur une affaire qui, derrière ses airs de romance adolescente, cache des réalités bien plus sombres. Philippine est sollicitée pour comprendre ce qui se joue autour d’une jeune fille en grande souffrance depuis le début d’une relation qui intrigue son entourage. Au fil de l’enquête, l’album aborde avec justesse les mécanismes du harcèlement, le regard porté sur soi et les fragilités qui accompagnent parfois l’adolescence, cette période où l’on cherche encore sa place.
Ce que j’apprécie particulièrement dans cette série, c’est sa capacité à jongler entre légèreté et sujets sérieux. L’humour est omniprésent, les dialogues fusent avec beaucoup de naturel et Philippine possède une répartie délicieusement mordante qui fait souvent sourire. Mais jamais cet humour ne vient minimiser les thèmes abordés. Au contraire, il rend le récit accessible tout en conservant sa dimension humaine.
J’aime aussi énormément la relation entre Philippine et sa mère. Leur complicité apporte une vraie chaleur au récit et offre des moments plus tendres qui équilibrent parfaitement la tension de l’enquête. Cette mère sourde et muette, attentive et intuitive, est un personnage que je trouve particulièrement touchant.
Côté dessin, Greg Blondin livre un travail qui correspond parfaitement à l’énergie de la série. Son trait dynamique donne du rythme à chaque page et le découpage très cinématographique contribue à rendre la lecture particulièrement fluide. On tourne les pages sans s’en rendre compte, porté par une mise en scène efficace et des personnages expressifs.
Mais la grande force de cette série reste sans doute son héroïne. Philippine est débrouillarde, courageuse, parfois un peu tête brûlée, mais toujours guidée par un profond sens de la justice. C’est le genre de personnage que l’on a l’impression de connaître après quelques pages seulement. Une amie idéale, celle qui fonce quand tout le monde hésite et qui refuse de détourner les yeux face aux injustices.
Une lecture jeunesse intelligente et vivante qui donne immédiatement envie d’ouvrir le tome suivant. Et je dois avouer que la perspective de rencontrer prochainement Greg Blondin à la médiathèque ajoute encore un peu plus de sympathie à une série qui m’a déjà largement conquise.

