Dans le train qui la ramène de Paris à Amiens, Philippine Lomar tombe sur la jeune Tobi, qui s’enfuit devant le contrôleur. Pour cause, la petite camerounaise est en situation irrégulière et cherche à tout prix à rejoindre sa famille : un oncle un peu conteur, mais surtout son frère, parti à Amiens, et qui ne donne plus signe de vie depuis 15 jours… Philippine se lance, un peu trop en solo, sur la piste de Mat Levilain, un rabatteur qui porte bien son nom et exploite la détresse humaine dans ses ateliers de travail clandestin.
À force de fréquenter Philippine Lomar, je commence à connaître ses habitudes. Dès qu’elle monte dans un train, décroche son téléphone ou croise quelqu’un qui a l’air inquiet, je sais qu’elle ne va pas tarder à se retrouver embarquée dans une nouvelle affaire. Et, invariablement, moi aussi.
Cette fois, tout commence par une rencontre. Une jeune fille camerounaise, un contrôleur, une fuite, puis un frère disparu. Quelques pages plus tard, Philippine est déjà lancée sur la piste d’un homme qui prospère sur la détresse des autres en exploitant une main-d’œuvre vulnérable et invisible.
Ce que j’apprécie avec cette série, c’est qu’elle n’a pas peur d’aller chercher ses intrigues dans le réel. Après le harcèlement, les violences conjugales ou encore la pollution, Dominique Zay s’intéresse ici à ceux qui profitent de la précarité des migrants. Le sujet est complexe et la bande dessinée choisit avant tout de le rendre accessible à un jeune lectorat en se concentrant sur sa dimension humaine. Derrière les enjeux sociaux, ce sont surtout des visages, des familles séparées, des espoirs et des peurs que l’on découvre.
J’ai trouvé ce tome particulièrement rythmé. L’enquête avance vite, les dangers se multiplient et, comme souvent, Philippine fonce parfois avant de réfléchir. C’est d’ailleurs ce qui fait son charme. Elle n’est ni une super-héroïne ni une détective infaillible. Elle agit parce qu’elle estime que quelqu’un doit le faire, même lorsque cela la dépasse un peu.
Comme dans les albums précédents, l’humour est omniprésent. Les jeux de mots, les répliques bien senties et les situations parfois improbables viennent régulièrement alléger un sujet qui aurait pu devenir très lourd. Cet équilibre entre gravité et légèreté reste l’une des grandes réussites de la série.
Graphiquement, je suis toujours aussi séduite par le travail de Greg Blondin. Depuis la rencontre organisée à la médiathèque, je regarde d’ailleurs ses planches avec un œil différent. Son enthousiasme lorsqu’il parlait de son métier transparaît dans chaque page. Les personnages débordent d’énergie, les expressions sont irrésistibles et la lecture conserve cette fluidité qui fait qu’on arrive à la dernière page beaucoup trop vite.
Est-ce mon tome préféré de la série ? Pas forcément. Certains volumes m’ont davantage émue. Mais j’ai encore une fois passé un excellent moment en compagnie de Philippine. Et c’est peut-être là le plus beau compliment que l’on puisse faire à cette série : quatre tomes plus tard, elle parvient toujours à me donner envie de suivre cette détective à la langue bien pendue dans sa prochaine aventure.
Philippine avait juste pris le train. Forcément, ça ne pouvait pas se passer normalement…



