Tip-tap, tip-tap font les sabots de la diablesse qui cherche son enfant perdu. Elle va de maison en maison pour tenter de le retrouver mais ses pieds à la forme étrange font peur aux habitants. Ce livre à lire tout seul dès 9 ans plaira beaucoup aux filles par son ton maternel, le mystère qui entoure les deux personnages principaux et sa fin pleine d’espoir.
Avant même que les mots ne dévoilent son histoire, ce sont des bruits qui résonnent : tip-tap, tip-tap. Les sabots d’une femme qui marche dans la nuit, de maison en maison, à la recherche de son enfant disparu.
À mesure que les portes s’ouvrent, les regards changent. D’abord compatissants devant cette mère aux yeux remplis de larmes, les habitants reculent lorsqu’ils aperçoivent ses sabots de chèvre. La femme devient alors « la diablesse ». Les rumeurs prennent le relais, la peur efface la compassion et chacun préfère croire aux monstres plutôt qu’à la douleur d’une mère.
En très peu de pages, Marie NDiaye construit un conte d’une étonnante puissance. Son écriture, à la fois simple et profondément poétique, laisse planer une part de mystère qui ne sera jamais totalement levée. Qui est réellement cette diablesse ? Est-elle le monstre que tout le monde imagine ou simplement une femme que sa différence condamne à la solitude ? Chacun pourra y apporter sa propre réponse.
J’ai particulièrement aimé la façon dont le récit interroge notre regard sur l’autre. Il suffit d’un détail physique, d’une différence visible, pour que l’entraide laisse place à la méfiance. Sans jamais être démonstratif, le texte parle avec beaucoup de justesse de l’exclusion, du poids des rumeurs et des préjugés qui se transmettent plus vite que la vérité. Mais derrière cette réflexion se cache avant tout une histoire d’amour maternel. Malgré les portes qui se ferment et les regards hostiles, cette mère poursuit inlassablement sa quête. Son obstination, nourrie par les souvenirs tendres qu’elle garde de son enfant, donne au récit une profonde mélancolie, bientôt éclairée par une fin pleine d’espoir et d’humanité.
Publié dans la collection Mouche, La diablesse et son enfant est accessible dès 9 ans, mais il me semble être un livre à partager. Les jeunes lecteurs comprendront facilement le fil de l’histoire, mais ses symboles, ses silences et sa fin ouverte offrent une richesse qui mérite d’être discutée ensemble. Un conte délicat, émouvant et profondément humaniste, qui rappelle que derrière l’apparence que l’on redoute se cache parfois simplement un cœur qui souffre.
J’aime beaucoup le fait que ce conte fasse confiance à l’intelligence du lecteur. Marie NDiaye ne cherche jamais à tout expliquer ; elle laisse les émotions et les images parler d’elles-mêmes. C’est précisément ce qui rend cette lecture si marquante, bien après avoir refermé le livre.

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