Jefferson, jeune hérisson plein d’entrain, vit au pays des animaux. Ce matin-là, il se rend chez le coiffeur, car il est grand temps de se faire rafraîchir la houppette ! Mais en arrivant au salon Définitif, Jefferson découvre une scène terrifiante : Edgar le blaireau, son coiffeur, est parterre, une paire de ciseaux plantée dans la poitrine…Qui a commis ce crime abominable ? L’enquête mène au pays des hommes. Hélas.
En 2019, j’avais eu un immense coup de cœur pour Jefferson de Jean-Claude Mourlevat. Alors lorsque l’adaptation en bande dessinée est sortie, je savais que je finirais par la lire… mais j’ai laissé passer le temps. Sans doute parce que j’avais peur d’être déçue. Lire l’adaptation d’un roman que l’on aime autant est toujours un exercice délicat.Finalement, cette lecture m’a rassurée. J’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir ce petit hérisson aussi élégant qu’attachant, propulsé malgré lui au cœur d’une enquête policière après la découverte du corps de son coiffeur. Ce qui commence comme un polar accessible aux plus jeunes se révèle rapidement bien plus riche qu’il n’y paraît. Sous ses airs de fable animalière pleine de douceur, Jefferson aborde avec beaucoup de finesse des sujets forts : l’amitié, la solidarité, les préjugés, mais aussi notre rapport aux animaux et à la consommation de viande. Jamais le récit ne devient moralisateur. Il préfère inviter à réfléchir, avec intelligence et bienveillance, en laissant les jeunes lecteurs se faire leur propre opinion.
L’adaptation d’Antoine Ronzon est particulièrement réussie. Son trait délicat, ses couleurs douces et ses personnages expressifs donnent vie à l’univers imaginé par Jean-Claude Mourlevat avec beaucoup de tendresse. Les scènes les plus difficiles restent suggérées, ce qui permet de conserver toute l’émotion sans jamais heurter le jeune public.
J’ai simplement eu l’impression que la conclusion arrivait un peu vite. Est-ce un choix lié au format bande dessinée ou bien mon souvenir du roman qui s’est enrichi avec le temps ? Difficile à dire. Cela n’a toutefois pas entamé mon plaisir de lecture.
Cette adaptation m’a surtout donné envie de retrouver Jefferson et Gilbert. Il ne me reste plus qu’à découvrir Jefferson fait de son mieux (qui est aussi sorti au format BD en mai dernier) puis Jefferson se fâche, qui m’attendent désormais avec une curiosité renouvelée.
Une bande dessinée jeunesse pleine de charme, qui prouve qu’une enquête peut être à la fois captivante, drôle et profondément humaine… même lorsque ses héros sont des animaux.

