Un jour d’hiver, dans une cité de Rennes, un nouveau-né est découvert au fond d’un container à ordures. Vivant.Quelques étages plus haut, une jeune fille se vide de son sang. Elle s’appelle Monroe, elle a dix-sept ans.
Dans cette chambre où sa mère l’a enfermée, Monroe revit les mois passés sur la colline, chez sa grand-mère Madeleine. Là-haut, le vent, le labeur et le silence façonnent les corps.
Auprès de cette vieille femme solitaire aux mains guérisseuses, Monroe, enceinte, a découvert une paix inespérée. Et puis tout s’est écroulé.
Monroe s’affaiblit, les policiers enquêtent, les soignants espèrent, les pompiers s’interrogent, la famille se désintègre : durant ces quelques heures d’une intensité foudroyante, chacun mesurera ce qu’il a perdu – ou sauvé – de son humanité.
Un bébé retrouvé vivant dans une benne à ordures. Une adolescente qui se vide de son sang, enfermée dans sa chambre.
Deux scènes qui semblent impossibles à relier et pourtant, dès les premières pages, le roman nous fait comprendre qu’elles racontent une même histoire.
Je découvrais Mathilde Beaussault avec La Colline, son deuxième roman, et quelle découverte ! Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en ouvrant ce roman noir. Je savais simplement que son point de départ était particulièrement violent. Je n’avais pas imaginé à quel point ce récit allait me prendre aux tripes.
Tout commence dans une cité de Rennes. Un nouveau-né est découvert au fond d’une benne à ordures. Vivant. Quelques étages plus haut, Monroe, dix-sept ans, vient d’accoucher. Elle est enfermée dans sa chambre et perd son sang. Pendant que les secours s’organisent autour du bébé et que les policiers tentent de comprendre ce qui s’est passé, le récit nous ramène quelques mois en arrière. Chez sa grand-mère Madeleine, sur cette fameuse colline… où Monroe avait trouvé quelque chose qu’elle ne connaissait presque pas : un peu de paix.
La construction du roman m’a beaucoup plu. Mathilde Beaussault choisit une narration chorale et fait circuler la parole entre Monroe, les membres de sa famille, les policiers, les pompiers, les soignants, les voisins… Des personnages parfois seulement croisés quelques pages, mais auxquels l’autrice donne suffisamment de relief pour qu’ils existent réellement. Chacun apporte un morceau du puzzle et, surtout, une nouvelle manière de regarder ce qui est en train de se jouer.
Mais derrière l’enquête, derrière le fait divers et la tension qui monte progressivement, La Colline raconte surtout une histoire de femmes. Monroe, sa mère et Madeleine forment une lignée profondément marquée par les blessures, les silences et les transmissions invisibles. Trois générations qui ne savent pas toujours comment s’aimer, comment protéger, comment devenir mère. Et cette question qui traverse tout le roman : comment arrêter une histoire familiale quand elle semble se répéter de génération en génération ?
Le personnage de la mère de Monroe est particulièrement difficile à oublier. Elle est violente, maltraitante, profondément abîmée elle aussi. Cela ne rend pas ses actes excusables, mais le roman refuse de la réduire à une simple « méchante ». Mathilde Beaussault cherche ce qui se cache derrière les comportements, les failles qui se transmettent, les enfances qui laissent des traces et les adultes qui reproduisent parfois ce qu’ils ont eux-mêmes subi.
Et puis il y a Madeleine. Cette grand-mère solitaire, un peu sauvage, avec ses mains qui savent soigner et cette façon bien à elle d’offrir à Monroe un refuge. Sur la colline, loin du bruit et de la violence, la jeune fille découvre le travail, la nature, les silences… mais surtout une relation qui lui permet, peut-être pour la première fois, d’imaginer qu’une autre vie est possible. C’est là que le roman m’a le plus touchée.
Parce que La Colline est extrêmement sombre. Les violences faites aux femmes et aux enfants sont au cœur du récit et certaines scènes sont difficiles, parfois franchement éprouvantes. Mathilde Beaussault ne cherche pas à adoucir ce qui doit faire mal. Pourtant, malgré cette noirceur, le roman n’est jamais complaisant dans le sordide. Une lumière demeure.
Elle se trouve dans les gestes minuscules, dans une main posée sur une épaule, dans un souvenir heureux, dans la relation entre Monroe et sa grand-mère, dans cette nature qui devient un refuge. La Colline porte quelque chose de presque hors du temps. Un endroit où Monroe peut respirer, se reconstruire et découvrir qu’elle mérite peut-être autre chose que ce qu’on lui a donné jusque-là.
J’ai aussi beaucoup aimé l’écriture de Mathilde Beaussault. Elle est précise, directe, sensorielle, avec une vraie attention portée aux personnages et à leurs voix. La narration à plusieurs voix donne au roman un rythme particulier : chaque point de vue apporte une pièce supplémentaire, jusqu’à ce que l’ensemble forme une image beaucoup plus complexe que celle que l’on pouvait imaginer au départ.
Je suis ressortie de cette lecture profondément bouleversée, mais aussi étonnamment touchée par sa douceur. Parce qu’au fond, La Colline parle de ce que l’on peut sauver malgré tout. De ces quelques souvenirs heureux auxquels on s’accroche. D’une personne qui, au bon moment, peut changer le cours d’une vie. Et de la possibilité de ne pas reproduire éternellement les mêmes blessures.
Avec La Colline, je découvre une autrice dont je vais assurément suivre les prochains romans. Un roman noir âpre et puissant, porté par une très belle écriture, qui montre qu’un récit profondément sombre peut aussi laisser entrer la lumière.
Et oui : un roman noir peut être traversé de beauté.
Un roman noir âpre et puissant, porté par une très belle écriture, qui montre qu’un récit profondément sombre peut aussi laisser entrer la lumière.
