Roman

Le Monde de Christina de Christina Baker Kline

Le Monde de Christina

titre original : A piece of the world

Autrice : Christina Baker Kline

trad. de l’américain par Marieke Merand-Surtel
324 p.
Belfond, 2018

résumé Atteinte d’une forme de poliomyélite, Christina Olson vit recluse avec son frère, dans la ferme familiale du Maine.
Durant des générations, les Olson, marins venus d’Europe du Nord, ont sillonné la mer des Caraïbes à la recherche de trésors, aujourd’hui soigneusement entreposés dans une pièce de la ferme, devenue le sanctuaire de Christina.
Mais l’arrivée de nouveaux voisins, la pétillante Betsy et son fiancé, le jeune peintre Andrew Wyeth, va bouleverser le destin de Christina. Andrew se prend rapidement d’affection pour cette femme solitaire, à l’esprit vif et au corps brisé, dont les formes étonnantes ne manquent pas de l’inspirer. Installant son atelier dans le grenier des Olson, le jeune homme entreprend une toile qui marquera à jamais l’histoire de l’art américain : Le Monde de Christina.
Dans un roman fascinant et plein de tendresse, Christina Baker Kline livre la secrète histoire de Christina Olson, une célèbre muse qui, dans les années 1940, inspira à Andrew Wyeth son chef d’œuvre énigmatique et troublant.

çacommencepar Plus tard, il m’a dit qu’il avait eu peur de me montrer le tableau. Il pensait que je n’aimerais pas la façon dont il m’avait représentée : en train de me traîner à travers le champ, les doigts cramponnés à la terre, mes jambes tordues derrière moi.
 cequejenaipensé Dans son premier roman publié en France, Le Train des orphelins, que je n’ai pas encore lu, Christina Baker Kline visitait une page de l’histoire américaine. Avec son nouveau roman, Le Monde de Christina, elle mélange une nouvelle fois fiction et non-fiction en se penchant sur la vie de Christina Olson, qui fut la muse du peintre réaliste Andrew Wyeth. Cependant, elle explique qu’elle n’a pas voulu en faire une autobiographie mais bien un roman. Elle s’appuie sur des personnages existants, sur des faits vérifiables mais à a pris bon nombre de liberté afin de créer un attachement à ses personnages, de les rendre troublant et proche à la fois.
Pour moi, ce roman a été une double découverte : celle de la plume et de la découverte de l’univers de l’autrice mais également celle du peintre Andrew Wyeth et de sa muse que je ne connaissais pas du tout! Donc je vous rassure si vous êtes dans la même situation que moi pour ce dernier point, vous ne serez pas perdu à la lecture de ce livre t vous pourrez tout autant que moins en apprécier la justesse et l’authenticité des émotions qui se dégage de ce récit.
Christina Baker Kline nous propose donc le portrait de Christina Olson. On la suit alternativement sur deux périodes. Dans les années 40, époque où elle fait la connaissance du peintre Andrew Wyeth et où elle deviendra plus ou moins volontairement sa muse. Et dans les années 1910, époque où elle est enfant et où sa maladie commence apparaître (elle est atteinte d’une sorte de poliomyélite qui la paralyse peu à peu).
Christina Olson était une femme solitaire, brisée par sa maladie mais avec un fort caractère et un esprit vif. Plus jeune, son père l’a obligé à arrêter l’école pour aider à la ferme. Sa maladie commençait à la faire souffrir. Elle tombait fréquemment. Était moquée par les autres enfants.  C’est cette période qui a fait d’elle la femme que l’on découvre dans les années 40 : isolée mais combative. Solitaire mais déterminée. Cette femme semble à une colère en elle. Une rage face à la difficulté de sa vie. Elle vit dans la précarité, se contente de peu. Elle a peur de l’abandon mais est assez difficile à vivre. Seules les personnes la connaissant depuis longtemps savent comment l’aborder sans la brusquer.
sa rencontre avec sa jeune et pétillante voisine Betsy et son fiancé Andy Wyeth, va changer beaucoup de chose en elle. Andrew, un peu comme nous lecteur, va s’attacher à cette femme unique en son genre. Il va l’apprivoiser à sa façon, entre silence et art.
La maison de Christina qui représente son monde va devenir un lieu privilégié pour le peintre. Une aura particulière se dégage de ce lieu, de Christina. Il en fera chaque été plusieurs tableaux, dont certains représentera Christina (dont le tableau intitulé Christina’s World).
Il a bien réussi une chose : parfois sanctuaire, parfois prison, cette maison sur la colline a toujours été mon chez moi. Toute ma vie, j’ai été attirée par elle comme par un aimant, m’efforçant de lui échapper, paralysée par son emprise sur moi. (Il y a plusieurs manières d’être infirme, ai-je appris au fil des ans, plusieurs formes de paralysie.) Mes ancêtres se sont enfuis de Salem pour se réfugier dans le Maine, mais comme tous ceux qui cherchent à fuir leur passé, ils l’ont emporté avec eux. Quelque chose d’inexorable se sème tout seul dans votre lieu d’origine. Vous ne pouvez jamais échapper aux liens de votre histoire familiale, aussi loin que vous voyagiez. Et le squelette d’une maison peut porter dans ses os la moelle de tout ce qui est venu avant.
J’ai particulièrement apprécié l’ambiance que dégage ce roman. On s’installe dans ce décor du Maine, un peu désolé. On appréhende la vie particulière de cette jeune femme à part. On découvre son combat au quotidien, sa vie pénible et précaire dont elle se satisfait par devoir mais qui au final devient sécurisant pour elle, sans surprise. Mais qui devient aussi une sorte de prison. Son histoire est dure, difficile. Sa souffrance est palpable à travers les mots de l’autrice.  Son enfermement et sa mise à l’écart fait mal au cœur. L’attitude de certains envers elle m’a mis en colère. On n’approche pas facilement Christina, mais quand on rentre dans son monde on ne peut que l’apprécier.
J’ai également découvert et eu envie d’aller voir les tableaux d’Andy Wyeth, très connu à l’étranger et méconnu en France. Sa manière de s’immerger, de travailler. Ses méthodes, sa techniques (pour le tableau de Christina, il s’agit de la tempura à l’œuf). On ressent le travail de recherches, la documentation recueillie par l’écrivaine pour donner vie à ses personnages de papier sans alourdir le récit. L’écriture de Christina Baker Kline est pleine de tendresse et de poésie pour son personnage féminin atypique. Son héroïne est inspirante, attachante. J’ai fini ma lecture émue, attendrie.
– Je sais, on pourrait le penser. Les gens disent que je suis un peintre réaliste, mais honnêtement, mes tableaux ne sont jamais tout à fait… réels. J’enlève ce que je n’aime pas et je me mets moi-même à la place.
– Comment ça toi-même ?
– C’est mon petit secret, Christina, dit-il. Je suis toujours en train de me peindre moi-même.
Christina’s World, Andrew Wyeth, 1948 ( Museum of Modern Art, New York)
12992811_10209213650040435_505270499_n Un très beau récit pour lequel je ne m’attendais pas forcément à vivre toutes ces émotions.

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