Prix Audiolib/Roman

Frère d’âme de David Diop

Frère d’âme

Auteur : David Diop

lu par Babacar M’baye Fall

176 p. / 3h43

Editions du Seuil, 2018

Audiolib, 2019

résumé Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.
cequejenaipensé En commençant ce roman, je savais que ce ne serait pas une lecture facile… qu’elle ferait plutôt partie des lectures qui remuent. Frère d’âme fait effectivement partie de ces lectures marquantes.
La France du capitaine a besoin que nous fassions les sauvages quand ça l’arrange. Elle a besoin que nous soyons sauvages parce que les ennemis ont peur de nos coupe-coupe. Je sais, j’ai compris, ce n’est pas plus compliqué que ça.
Nous voilà au cœur de la Grande Guerre, aux côtés d’Alfa Ndiaye, un tirailleur sénégalais, enrôlait dans ce combat français. Suite à la mort brutale de son ami d’enfance, de son frère de sang, de son frère d’âme, Alfa est gagné par la folie, par un désir de vengeance. Par ses actes, il sera dans un premier temps célébré par son camp et craint par celui adverse, puis craint par les deux. Il répond à la folie par la haine, la colère, par une violence qui lui vient du plus profond de son être. Alors on l’évacue… et c’est l’occasion de retour en arrière dans cette guerre, dans son passé au Sénégal. Il est en quête d’identité, de repères. Et cette guerre brouille tout.
En observant les yeux bleus de l’ennemi, je vois souvent la peur panique de la mort, de la sauvagerie, du viol, de l’anthropophagie. Je vois dans ses yeux ce qu’on lui a dit de moi et ce qu’il a cru sans m’avoir rencontré auparavant.
Le narrateur de ce roman/témoignage c’est Alfa lui-même. Il se livre. Brut. Sans fioriture. Sans repère.
David Diop, l’auteur de ce roman, lauréat du Goncourt des lycéens en 2018, donne la voix à un personnage sombre, en souffrance. Il met en avant les soldats oubliés de cette guerre, ceux qui ont combattu pour la France (et pas forcément de façon volontaire…). Il témoigne de la violence, et de la difficulté de la vie dans les tranchées.
Les soldats chocolats ont commencé à chuchoter que j’étais un soldat sorcier, un dëmm, un dévoreur d’âme, et les soldats toubabs ont commencé à les croire. Par la vérité de Dieu, toute chose porte en elle son contraire.
Babacar M’bayeFall est le lecteur de cette version audio du roman de David Diop. Il interprète ou plutôt incarne le personnage d’Alfa. Il transmet les émotions du personnage, il les personnifie avec beaucoup de justesse.
Le lecteur est plongé dans cette folie, dans l’horreur que vit Alfa…
Moi, Alfa Ndiaye, fils du très vieil homme, j’ai compris, je n’aurais pas dû. Par la vérité de Dieu, maintenant, je sais. Mes pensées n’appartiennent qu’à moi, je peux penser ce que je veux. Mais je ne parlerai pas. Tout ceux à qui j’aurais pu dire mes pensées secrètes, tous mes frères d’armes qui seront repartis défigurés, estropiés, éventrés, tels que Dieu aura honte de les voir arriver dans son Paradis ou le Diable se réjouira de les accueillir dans son Enfer, n’auront pas su qui je suis vraiment.
L’écriture est âpre, brève, imagée. Un rythme faussement discontinu qui suit les aléas de la folie et de la narration bouleversé du personnage.
Ce roman raconte la sauvagerie de la guerre, les massacres plus ou moins légitimes, et les formes de désobéissance qui en découle : refus de combattre, désertions, interroge sur le déracinement et la quête d’identité, sur la perte d’humanité.
en bref Un conte moderne, noir, violent, tragique, lucide.

 

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