Roman

L’homme qui savait la langue des serpents de Andrus Kivirähk

L’homme qui savait la langue des serpents

titre original : Mees, kes teadis ussisõnu

Auteur : Andrus Kivirähk
trad. de l’estonien par Jean-Pierre Minaudier
Lu par Emmanuel Dekoninck
13h57
Audiolib, 2019
Editions La Tripode, 2013

 

 

résumé Voici l’histoire du dernier des hommes qui parlait la langue des serpents, de sa sœur qui tomba amoureuse d’un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, d’une paysanne qui rêvait d’un loup-garou, d’un vieil homme qui chassait les vents, d’une salamandre qui volait dans les airs, d’australopithèques qui élevaient des poux géants, d’un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons épouvantés par tout ce qui précède…

 

cequejenaipenséVoici un roman très original. Sorti en version papier en 2013, Audiolib lui offre une nouvelle vie en version audio depuis la fin de l’année dernière. L’occasion de (re)découvrir ce roman qui avait eu beaucoup de succès. J’étais ravie de le trouver dans la sélection pour le prix car il faisait partie de ma longue liste de livres à lire… un jour.
C’est ainsi que j’ai débuté mon audiolecture de mon premier roman estonien. Un roman décalée, surprenant qui bouscule nos habitudes. L’auteur, Andrus Kivirähk, y parle des légendes de son pays, de la modernité face aux coutumes.
Leemet, notre narrateur, vit au cour de la forêt avec ses amis et sa famille. Il est le dernier à apprendre (et bientôt le dernier à pratiquer) un art ancestral permettant de se faire obéir des animaux : la langue des serpents. Sa famille vit de ce que lui offre la forêt (ils adorent la viande d’élan, ce sont des gros mangeurs), garde un troupeau de louves qu’ils traient régulièrement, et certains d’entre eux vivent en couple avec des ours (qui parlent). Oui Andrus Kivirähk sait chambouler nos repères. Mais très vite, on se prend dans le récit et les nouveautés liées à cet univers nous paraissent naturelles.
Durant les longs mois d’hiver qu’ils passent dans leurs terriers sans jamais sortir, les mamans serpents racontent à leurs enfants des kyrielles de terrifiantes histoires de mues qui, mystérieusement dotées de mouvement, poursuivent leur ancien propriétaire pour l’étrangler. Alors, les petits serpenteaux se mettent à trembler comme des feuilles et lorsque leur mère a fini son histoire, ils sifflent sur un ton suppliant :
« Encore, maman ! Encore une histoire de mue ! »
Leemet est épanoui dans cet univers qu’il connaît si bien. Mais un jour cet équilibre est perturbé par l’arrivée d’hommes en armures. Un long combat commence pour Leemet qui part en quête de la Salamandre, un être mythique qui lui permettrait de vaincre ces envahisseurs. Mais cette créature sommeille, cachée quelque part et personne ne sait où ! Certains membres de la communauté quittent la forêt pour aller vivre aux villages créés par ces étrangers, ceux qui amènent ce qu’ils appellent la modernité, qui portent le message d’un prophète, Dieu. Leemet n’arrive pas  comprendre l’intérêt de telles croyances alors que le seul pouvoir qu’il connaisse c’est cette langue des serpents, que leurs coutumes les rendaient heureux et autosuffisants. Mais les choses changent, les gens aussi et Leemet va devoir composer avec.
Les désagréments, c’est comme la pluie : un jour ils vont nous tomber dessus, mais il n’y a pas de raison de s’en soucier tant que le soleil brille. Et puis, la pluie, on peut s’en protéger, et beaucoup de choses qui semblent fort laides vues de loin ne sont pas si terribles que ça quand on s’en approche.
J’ai vraiment apprécié découvrir une nouvelle mythologie. L’Estonie est un pays que je connais très peu mais dans ce roman et dans la postface rédigé par le traducteur nous apprenons beaucoup et je suis désormais curieuse de découvrir un plus amplement ce pays et ce peuple. Déstabilisée au départ, je me suis vite laissée prendre par ce récit fantastique où l’aventure est au rendez-vous. Le récit et la langue sont riches, dépaysantes. On y retrouve aussi beaucoup de passages drôles (la dégustation du pain par exemple), des passages émouvants et difficiles à vivre pour notre cher Leemet. L’insouciance de son enfance est vite remplacé par ses devoirs d’adultes et les épreuves qu’il va devoir affronter.
Leemet est un personnage qui incarne le rempart entre modernité et coutumes ancestrales. Il est le « dernier » pour de nombreuses choses. Mais l’auteur ne critique pas forcément tout dans cette modernité et ne rejette pas non plus en bloc les us et coutumes. Au contraire, il montre les bons et mauvais côtés de chacun, les avantages et les inconvénients, les richesses et les pertes. Il dénonce cependant la peur que les Hommes ressentent envers les choses qu’ils ne veulent/peuvent pas comprendre. Cette peur qui se transforme souvent en haine et en violence, en volonté de dominer l’autre.
Après moi, elle disparaîtrait, car ce dont nul ne sait rien, ce que nul n’a vu, n’existe plus vraiment.
Emmanuel Dekoninck, l’acteur prêtant sa voix à Leemet et à son récit,  a réalisé un sacré travail dans les sonorités, les modulations vocales pour donner une identité à chaque personnage prenant la parole. Il a su ajouter une dimension mystérieuse, en se plaçant dans la peau d’un conteur.
Un récit imaginatif, surprenant, d’une grande richesse! Une jolie pépite littéraire que je vous invite à découvrir !

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