Roman

Enfant de salaud de Sorj Chalandon

enfantdesalaudEnfant de salaud

Auteur : Sorj Chalandon
Lu par Féodor Atkine

9h20
Audiolib, 2021
331 p.
Editions Grasset et Fasquelle, 2021

résumé Depuis l’enfance, une question torture le narrateur :
– Qu’as-tu fait sous l’occupation ?
Mais il n’a jamais osé la poser à son père.
Parce qu’il est imprévisible, ce père. Violent, fantasque. Certains même, le disent fou. Longtemps, il a bercé son fils de ses exploits de Résistant, jusqu’au jour où le grand-père de l’enfant s’est emporté : «Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud ! »
En mai 1987, alors que s’ouvre à Lyon le procès du criminel nazi Klaus Barbie, le fils apprend que le dossier judiciaire de son père sommeille aux archives départementales du Nord. Trois ans de la vie d’un « collabo », racontée par les procès-verbaux de police, les interrogatoires de justice, son procès et sa condamnation.
Le narrateur croyait tomber sur la piteuse histoire d’un « Lacombe Lucien » mais il se retrouve face à l’épopée d’un Zelig. L’aventure rocambolesque d’un gamin de 18 ans, sans instruction ni conviction, menteur, faussaire et manipulateur, qui a traversé la guerre comme on joue au petit soldat. Un sale gosse, inconscient du danger, qui a porté cinq uniformes en quatre ans. Quatre fois déserteur de quatre armées différentes. Traître un jour, portant le brassard à croix gammée, puis patriote le lendemain, arborant fièrement la croix de Lorraine.
En décembre 1944, recherché par tous les camps, il a continué de berner la terre entière.
Mais aussi son propre fils, devenu journaliste.
Lorsque Klaus Barbie entre dans le box, ce fils est assis dans les rangs de la presse et son père, attentif au milieu du public.
Ce n’est pas un procès qui vient de s’ouvrir, mais deux. Barbie va devoir répondre de ses crimes. Le père va devoir s’expliquer sur ses mensonges.
Ce roman raconte ces guerres en parallèle.
L’une rapportée par le journaliste, l’autre débusquée par l’enfant de salaud.

cequejenaipensé Une nouvelle fois, Sorj Chalandon va nous parler de son père. Enfin plutôt lui parler.

Il va régler ses comptes avec un père violent, colérique, mythomane. Il n’a jamais eu l’occasion de le faire de vive voix, d’autant que l’auteur a découvert une partie de l’histoire de son père après sa mort. Alors, dans ce roman, avec sa part de fiction et de créativité, avec sa sensibilité, il ouvre son cœur, il règle ses compte, lui fait une sorte de procès.

Une fois encore, je t’en ai voulu. J’étais blessé. Ta vérité n’avait pa plus de sens que tes mensonges.

Le narrateur, dans son enfance, a régulièrement entendu dire de la part de son grand-père qu’il était un enfant de salaud. Mais pourquoi ? A cause de tous les mensonges de son père ?  à cause de sa violence ?  de son caractère difficile ? Ou parce qu’il n’a pas su être un père ?

Cet homme s’est inventé mille vie. La part du vrai, du faux dans tout ça ? Le narrateur reçoit un dossier , les preuves qu’une part de ces histoires sont vrais. Pendant la guerre, il a été SS, mais aussi patriote, ou encore résistant… Cet homme est aussi imprévisible dans ses dires que dans la réalité. Il a toujours triché. Il a toujours trahi. Mais qui était vraiment ce père ?

Fabriquer tellement d’autres vies pour illuminer la sienne. Mentir sur son enfance, sa jeunesse, sa guerre, ses jours et ses nuits, s’inventer des amis prestigieux, des ennemis imaginaires, des métiers de cinéma, une bravoure de héros. Pendant des années, j’ai pensé à sa solitude effroyable, à son existence pitoyable. Cela m’a rendu malheureux.

Son fils, journaliste, doit assister à un procès : celui de Klaus Barbie, un criminel de guerre allemand, officier de police SS sous le régime nazi. Son père lui demande d’y assister. Il doit bien pouvoir lui dénicher un laisser-passer. Une demande avec tout le dédain dont il est capable. Son fils y voit l’occasion de le confronter à l’horreur de cette guerre, à une réalité que son père a toujours nié ou vu à sa façon.

Chaque jour, il commente, s’amuse des réactions des uns et des autres… et admire l’accusé.

Le mépris serrait mes poings. Il fallait que je me reprenne. Ce serait le procès de Klaus Barbie, pas le sien. Il fallait que je me concentre sur le box en verre de l’accusé, pas sur une chaise en fond de salle. Aucune voix ne devait recouvrir la parole des victimes.

Entre quête de la vérité, expiation et règlement de compte, Sorj Chalandon propose ici un récit très personnel. Il a déjà eu l’occasion dans ses précédents romans d’évoquer son père. Comme il le dit dans l’interview présente dans la version Audiolib, il avait quelque chose à régler avec sa figure paternelle mais aussi un besoin de se créer une figure paternelle qu’il n’a pas eu.

Avec cet ultime roman, il a enfin l’occasion de l’affronter.

Je ne suis pas une experte de la bibliographie de Sorj Chalandon. Je l’ai découvert lors du prix Audiolib 2018 avec Le Jour d’avant qui faisait partie de la sélection. Un roman que j’avais déjà beaucoup apprécié. Avec cette nouvelle écoute, et l’interview qui suit la lecture du roman, j’ai désormais de découvrir d’autres de ses romans. Par lequel vous me conseillerez de commencer ?

En bonus d’un texte sublime, incisif et émouvant, j’ai découvert la voix envoûtante de Feodor Atkine : une voix profonde, raisonnante, vibrante. Une voix, une diction qui impose l’écoute, l’attention. Une voix qui transmet la douleur de l’auteur, du narrateur, des victimes. Une voix qui bouleverse. L’émotion était plus qu’au rendez-vous.

en bref

Un roman et une voix bouleversante. Une vérité. Un besoin de réponse. Un besoin d’affronter, de confronter.

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