Roman

Celle que je suis de Claire Norton

couv58214601Celle que je suis

Autrice : Claire Norton

398 p.
Pocket, 2022


résuméValentine vit dans une petite résidence d’une ville de province. Elle travaille à temps partiel au rayon librairie d’une grande surface culturelle. Les livres sont sa seule évasion ; son seul exutoire, le journal intime qu’elle cache dans le coffre à jouets de son fils. Et son seul bonheur, cet enfant, Nathan, qui vient de souffler ses six bougies. Pour le reste, Valentine vit dans la terreur qu’au moindre faux pas, la colère et la jalousie de son mari se reportent sur Nathan…
L’arrivée d’un couple de voisins âgés dans l’appartement d’en face va complètement bouleverser sa vision du monde. Car comment résister à la bonté de Guy, qui se conduit avec Nathan comme le grand-père qu’il n’a jamais eu ? Comment refuser la tendresse de Suzette, cette femme si maternelle, elle qui a tant manqué de mère ? Peu à peu, Valentine se laisse apprivoiser.
Jusqu’au jour où elle commet une minuscule imprudence aux conséquences dramatiques… Mais une chose change tout, désormais : elle n’est plus seule pour affronter son bourreau et reconstruire sa vie volée.
cequejenaipensé Un roman bouleversant et essentiel.
Nous allons faire la connaissance de Valentine.
De l’extérieur, c’est une femme épanouie, mère aimante d’un petit garçon, Nathan, une libraire à temps partiel qui aime partager sa passion pour la lecture. Mais si on observe mieux, on se rend compte que c’est une femme isolée. Elle est seule la journée, a des journées rythmées par les tâches ménagères, ses lectures et par les allées et venues à l’école de son fils.
Et si on creuse encore un peu plus, si on pénètre dans cet appartement, c’est encore une autre facette de Valentine que l’on découvre. Une femme qui a le ventre noué dès que son mari ouvre la porte. Un fils qui devient silencieux. Un appartement qui devient lui aussi silencieux. Comme s’il ne fallait rien perturber. Rien provoquer… Au son de la voix de Daniel, elle sait. Le repas sous tension. Le moindre grain de sable peut déclencher la colère. Alors, Valentine rentre dans son rôle de mère protectrice, protéger Nathan avant tout. Tout faire pour qu’il se calme.
Je me terre, et je m’enterre. Ma seule évasion, encore et toujours, ce sont les livres. Leurs héros supplantent mes malheurs, leurs fantômes m’habitent avec persistance une fois l’histoire terminée. Ils restent en moi et je m’accroche à leur courage, à leur destinée, à leurs pensées qu’il m’arrive de faire miennes pour me donner l’illusion d’être ce qu’ils sont et non plus ce que je suis moi. Les personnages sont devenus mes seuls amis.
Mais un jour, de nouveaux voisins s’installent en face de chez elle. Elle rencontre alors Suzette, une vieille dame. Elle va devenir sa bulle de légèreté de la journée. Elle va devenir son secret. Dès qu’elle a déposé son fils à l’école, elle va chez sa voisine, discuter autour d’un café, d’un thé. Quand elle ramène son fils de l’école, ils prennent le goûter ensemble. Pour Valentine et Nathan, c’est une respiration, une pause dans leur quotidien morose. Un secret qu’ils partagent.
Très vite une complicité va s’installer entre les deux femmes. Très vite, cette nouvelle amitié va secouer Valentine. Mais pas seulement ça. Ce qu’elle vit chez elle est en train de passer une nouvelle étape. Est-ce qu’elle peut continuer à subir ? Est-ce qu’elle le doit pour ne pas perturber son fils ? Est-ce qu’elle a trop peur pour partir ? Oui sans aucun doute…
Le roman permet au lecteur de s’immiscer dans les pensées de cette femme, dans sa vie, dans ses doutes, dans ses certitudes, dans ses peurs… On assiste impuissant.
J’ai lu ce roman d’une traite. Je ne pouvais pas abandonner Valentine à son sort. A cette violence. A l’emprise qui se resserre peu à peu autour d’elle. A l’étau qui se referme sur elle.
Et puis, autour, il y a ceux qui s’inquiètent, ceux qui croient comprendre, ceux qui entendent mais qui ne font rien…
Quand j’entends autour de moi :  » si elles restent, c’est qu’elles aiment ça ! « , je suis dévastée. Non, je ne prends aucun plaisir à recevoir des coups. Ni à être humiliée. Qui serait assez pitoyable pour souhaiter être traitée comme ça ? Les gens ignorent l’épaisseur des barreaux qui nous retiennent. Ces barreaux virtuels, bien plus solides que ceux qui ornent les fenêtres des prisons : Ceux de la terreur, qui encerclent notre quotidien…
Le message de l’autrice est clair : la violence conjugale est l’affaire de tous. On peut écouter, épauler, guider, provoquer, aider. Non, les femmes ne restent pas avec leur bourreau parce qu’elles aiment ça. L’emprise est quelque chose difficile à appréhender quand on ne le vit pas de l’intérieur. Ces femmes ont peur, pensent (souvent à raison) que si elles partent ce sera pire…
Claire Norton nous raconte ce qu’est l’emprise vu de l’intérieur et de l’extérieur. Au cour de ma lecture, j’ai eu plus d’une fois eu la gorge serrée face à l’impuisance, face à l’injustice, face à cet homme, pour cette femme. J’ai eu souvent peur, j’ai espéré, j’ai au les larmes aux yeux plus d’une fois. J’ai eu des hauts-le-coeur, certains passages sont durs, réalistes (malheureusement). Et si Valentine retient ses larmes à la fin du roman, c’est le moment où j’ai permis aux miennes de couler. La peur, le soulagement, la tristesse, la colère, m’espoir, la joie… toutes les émotions se sont bousculées et il fallait que ça sorte…
Quand à vous, Suzette, vous êtes mieux que quiconque bien placée pour savoir que le malheur a toujours une histoire. 

12992811_10209213650040435_505270499_nUn roman puissant, fort, émouvant et essentiel. A lire de toute urgence. 

OIP (2)

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