Editions J’ai lu, 2025
14h57
Lizzie, 2026
« Tout le monde me demande ce qui, selon moi, est arrivé à Roger, disait Veronica Croydon, et si je ne donne pas de réponse immédiate, on s’empresse de m’en proposer une. Mais personne ne comprendrait. Enfin, personne ne me croirait. Reste un peu, et je vais te dire ce qui s’est passé. »La disparition de Roger Croydon, éminent universitaire spécialiste de Dickens, attise toutes les curiosités. Un mystère qui mène inexorablement à la demeure du couple, Belvedere House, et à son armée de fenêtres, baignées de lueurs étranges…
Une voix qui vous invite à rester, à écouter, à croire — ou du moins à essayer. C’est exactement ce que propose House of Windows de John Langan, dans sa version audio portée par Marie Bouvier et Guillaume Orsat.
Dès les premières minutes, quelque chose s’installe. Une atmosphère. Une étrangeté diffuse, presque insaisissable. Et dans cette construction fragile mais envoûtante, la performance de Marie Bouvier (notamment) joue un rôle essentiel. Sa voix épouse parfaitement les contours de Veronica Croydon : elle donne chair à ses hésitations, à ses silences, à cette manière troublante de raconter sans tout livrer. Il y a dans son interprétation une vraie capacité à faire exister la maison, ses fenêtres, ses lueurs — comme si l’on s’y trouvait, sans jamais vraiment réussir à en saisir les règles.
L’écoute devient alors une expérience sensorielle. On est happé, intrigué, parfois même déstabilisé.
Et pourtant…
Une fois passé ce voile sonore particulièrement réussi, le récit lui-même laisse une impression plus contrastée. L’idée de départ est forte : la disparition inexpliquée de Roger Croydon, et cette confession tardive de Veronica qui promet des révélations. Mais cette promesse, justement, semble sans cesse repoussée. Le roman prend son temps — peut-être trop. Il s’attarde, multiplie les détours, creuse ses personnages avec minutie… au point parfois de diluer la tension qu’il installe pourtant si bien.
Il y a de très belles choses dans cette écriture : une attention fine aux relations humaines, au lent effritement d’un couple, à ces détails du quotidien qui finissent par peser. Le choix du récit encadré — une histoire racontée à quelqu’un — crée une distance intéressante, mais qui peut aussi empêcher une immersion totale. On écoute davantage qu’on ne vit.
C’est sans doute là que se situe le cœur de mon ressenti : j’ai été profondément séduite par l’ambiance, par la mise en voix, par cette sensation étrange qui persiste… mais moins touchée par l’histoire en elle-même. Comme si l’émotion passait davantage par l’interprétation que par la narration.
Reste une œuvre singulière, imparfaite mais habitée, qui semble chercher son équilibre entre étude psychologique et fantastique. Un roman qui intrigue plus qu’il ne bouleverse, mais qui, malgré ses longueurs, laisse une trace — ne serait-ce que par cette maison aux fenêtres trop nombreuses, derrière lesquelles quelque chose continue de nous observer.
Une écoute que je ne regrette pas, ne serait-ce que pour cette ambiance si particulière… même si j’en ressors avec un léger goût d’inachevé.
