Bande dessinée

Là où tu vas d’Etienne Davodeau

Là où tu vas

Auteur : Etienne Davodeau
160 p.

Editions Futuropolisi, 2025
résumé Françoise Roy accompagne les personnes atteintes d’Alzheimer et leurs proches au quotidien. Etienne Davodeau, son compagnon de longue date, fasciné par son travail, lui demande de partager ces moments intimes où chaque instant compte. Grâce à son expérience, il dépeint avec pudeur ces vies marquées par la perte de mémoire.

cequejenaipensé Étienne Davodeau aime aller à la rencontre des autres. Il raconte des vies, des métiers, des parcours, toujours avec cette même curiosité et surtout avec beaucoup d’humanité. Avec Là où tu vas, il choisit un sujet particulièrement intime puisqu’il s’intéresse au métier de sa compagne, Françoise, qui accompagne depuis des années des personnes touchées par des maladies neurodégénératives et leurs proches.Mais raconter ce quotidien n’allait pas de soi. Comment parler de personnes dont la mémoire s’efface peu à peu ? Comment raconter leur histoire, leurs gestes, leurs réactions, leurs fragilités, sans jamais leur retirer ce qui leur appartient encore : leur intimité et leur dignité ?

C’est toute la force de cette bande dessinée.

Étienne Davodeau commence par écouter Françoise. Elle raconte son métier, les personnes qu’elle accompagne, les familles parfois démunies, mais aussi tout ce qu’elle a appris au fil des années. Elle parle des mots qu’il faut choisir, des attitudes à adopter, de cette nécessité de regarder autrement ceux dont la maladie modifie progressivement le rapport au monde.

Et lui dessine.

Il ne cherche pas à reproduire fidèlement les visages des personnes rencontrées par Françoise. Il imagine des silhouettes, des gestes, des présences. Les personnages restent ainsi anonymes, mais ils deviennent incroyablement humains. Quelques traits en noir et blanc suffisent parfois à faire passer une émotion, une inquiétude ou une tendresse. J’ai été particulièrement touchée par cette manière de raconter. On entre dans des morceaux de vie très intimes sans avoir jamais l’impression d’être indiscret. Davodeau trouve une juste distance entre ce que Françoise accepte de transmettre et ce qu’il choisit de mettre en images.

La partie consacrée à l’expérience de Françoise au Québec apporte un autre éclairage sur l’accompagnement des personnes atteintes de maladies neurodégénératives. Son regard évolue, ses pratiques aussi, et l’on comprend combien l’écoute, la bienveillance et la façon dont on considère la personne peuvent changer profondément son quotidien. Au-delà de la maladie, Là où tu vas parle finalement beaucoup de ce qui demeure quand la mémoire commence à nous échapper.

Des liens. Des habitudes. Des gestes. Des voix. Des souvenirs… et des traces.

Le titre prend alors une résonance particulière. Parce que lorsqu’une personne perd peu à peu ses repères, ceux qui l’accompagnent deviennent parfois ses yeux, ses oreilles, sa mémoire, ses repères dans un monde qui lui échappe. Et puis il y a cette magnifique idée que le livre lui-même puisse devenir une trace. Une façon de conserver quelque chose de ces vies, de ces rencontres et du parcours de Françoise. Le dessin d’Étienne Davodeau, en noir et blanc, épuré et tout en retenue, accompagne parfaitement ce récit. Rien n’est spectaculaire, rien n’est appuyé. Il laisse simplement la place aux paroles et aux émotions.

J’en ressors profondément touchée.

 

Là où tu vas est une bande dessinée sensible et profondément humaine, qui permet aussi de porter un autre regard sur les maladies neurodégénératives et sur celles et ceux qui accompagnent les personnes qui en sont atteintes. Une lecture qui parle de mémoire, évidemment, mais surtout de présence.

 

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