Roman "jeunes adultes"

Moon Brothers de Sarah Crossan

Moon Brothers

titre original : Moonrise

Autrice : Sarah Crossan
trad. par Clémentine Beauvais

373 p.

Rageot, 2019

résumé
Joe Moon a dix-sept ans. Il vient de quitter New York pour aller vivre un temps au Texas. Son frère aîné, Ed, est en prison là-bas. Jugé coupable du meurtre d’un policier, il attend son exécution dans le couloir de la mort. Or, la date approche. Alors Joe veut être là, aider son frère à affronter ces dernières semaines. Car sinon, Ed sera tout seul. Mais voilà qu’un nouvel avocat reprend la défense du condamné… et il a l’air d’y croire. Joe osera-t-il espérer encore ?
 

cequejenaipensé Les romans de Sarah Crossan sont vraiment une expérience à part en matière de lecture. Par leur thème mais aussi par leur forme atypique (et le fait qu’ils soient traduits en France par Clémentine Beauvais ne gâchent en rien mon plaisir évidement ! ). Si vous en avez déjà feuilleté un, vous savez qu’ils sont composé de phrases brèves, percutantes et mises en pages comme des poèmes en prose.

Car après tout,
qui peut savoir
ce qui se cache
dans nos nuits noires?

Dans Moon Brothers, Sarah Crossan nous parle de prison américaine, de couloir de la mort, d’innocence et d’injustice. Mais pour une fois, on ne s’attarde pas sur le prisonnier mais sur son entourage et en particulier sur son jeune frère Joe Moon. Joe a dix-sept ans et son frère, Ed, va bientôt mourir. L’annonce de l’exécution vient de tomber. Alors Joe quitte New-York et s’installe pour quelques semaines au Texas dans la ville du centre pénitentiaire. Joe ne l’a pas revu depuis des années car après son interpellation leur vie a volé en éclat. Leur mère démissionnaire a fui son rôle maternelle et sa sœur et lui ont dû réapprendre à vivre auprès de leur tante. Et ce n’est pas facile de grandir quand ton frère est en prison pour le meurtre d’un policier.

Ça coûte à peu près quatre millions de dollars
une exécution
Huit fois plus que de garder quelqu’un
toute sa vie en prison
Mais bon, c’est pas une raison pour le faire,
apparemment
Quand il s’agit de tuer
on trouve toujours l’argent

Joe nous parle, nous raconte son adolescence où tout a été un combat pour lui. Il est en colère contre sa mère, son frère. Mais il a peur. Il est même terrifié à l’idée de le perdre. Et comment se comporter avec lui quand il va le voir?

Mais c’est un truc qui arrive, on est d’accord,
la mort.
Tout à coup. Ou petit à petit.

La différence c’est que normalement,
on n’a pas la date sur notre agenda,
on s’achète pas la pierre tombale
quand c’est les soldes,
histoire de se faire graver son nom bien
à l’avance.

D’ordinaire, la mort, ça ne se planifie pas comme ça.

Le roman prend au tripe, nous enserre la gorge, nous fait verser plus d’une larme. C’est beau, c’est dur… Les phrases sont courtes mais disent tellement en quelques mots, en sous-entendus (ou pas d’ailleurs). L’ambiance est sinistre, morose. Joe est un jeune homme exceptionnel et on ne peut que partager sa souffrance. Joe a tout lâché pour être avec son frère, pour être là pour lui et essayer de faire ce qu’il faut pour peut-être le sauver, retarder ou faire annuler cette condamnation. Mais il a aussi un énorme besoin d’entendre de la propre bouche de son frère ce qu’il s’est réellement passé ce jour-là. Dans les mots de l’autrice, il y a toute la détresse de cet ado, la douleur des familles qui doivent vivre de tels événements. Et bien évidement, le roman soulève les questions sur cette peine de mort… est-ce une réelle solution pour sanctionner les coupables ? Peux-ton se fier à l’équité de la justice pour rendre de telles décisions ? Sarah Crossan ouvre un débat ou plutôt alimente un débat qui dure depuis longtemps. Mais j’ai vraiment apprécié sa façon de l’aborder, sans jugement mais apportant des pistes de réflexion.

On clôt pas un dossier quand c’est un flic qui se fait flinguer.
Les gens, pour eux ça compte vachement,
les policiers blancs, ça m’étonne juste qu’ils aient pas essayé
de trouver un Noir à accuser.
Y’a plein de Noirs dans le couloir, ils me disent pareil,
c’était un piège, et moi je les crois,
quand je regarde la télé et je vois ces flics qui tirent
sur des mecs juste parce qu’ils se baladent
dans une ruelle obscure, un truc du genre.

Le roman se lit vite car l’ambiance étant oppressante, pesante, le lecteur se mettant à la place du jeune Joe, il aura envie de savoir ce qu’il va se passer pour lui ou pour Ed. On se demande quelle direction va prendre l’autrice pour le dénouement, pour ses personnages.

Une chose est sûre la lecture de ce roman est à part, difficile, mettant à l’épreuve nos émotions. Mais c’est un magnifique roman, essentiel, et humain.

Un roman intense par bien des aspect. Un immense coup de cœur !

Tout le monde est parti
Je n’ai jamais eu de père
mais j’ai eu un grand frère
et puis il est parti
et puis ma mère aussi
et longtemps je me suis demandé
quand est-ce que je perdrais
aussi
ma sœur,
ma tante,
jusqu’à ce que tous les gens que j’aime
aient disparu
et que je me retrouve
seul.

2 réflexions sur “Moon Brothers de Sarah Crossan

  1. J’adore le style de Sarah Crossan (ou sa traduction). J’ai lu inséparables l’année dernière et wahou ! Ce livre avait de moins bons retours mais pas impossible que je le lise finalement.

    • J’avais évité les avis (c’est ce que je fais en général quand je veux vraiment lire un roman, je préfère garder la surprise^^). Je l’ai préféré à Swimming pool et il est presque au même niveau qu’Inséparables pour moi (même s’il celui-ci reste en numéro 1 du top! 😉 )

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