editions Finitude, 2020
On est à la fin des années 80, la période bénie des winners. Le capitalisme et ses champions, les Golden Boys de la finance, ont gagné : le bloc de l’Est explose, les flux d’argent sont mondialisés. Tout devient marchandise, les corps, les femmes, les privilèges, le bonheur même. Un monde nouveau s’invente, on parle d’algorithmes et d’OGM.
À Genève, Svetlana, une jeune financière prometteuse, rencontre Aldo, un prof de tennis vaguement gigolo. Ils s’aiment mais veulent plus. Plus d’argent, plus de pouvoir, plus de reconnaissance. Leur chance, ce pourrait être ces fortunes en transit. Il suffit d’être assez malin pour se servir. Mais en amour comme en matière d’argent, il y a toujours plus avide et plus féroce que soi.
De la Suisse au Mexique, en passant par la Corse, Joseph Incardona brosse une fresque ambitieuse, à la mécanique aussi brillante qu’implacable.
Pour le monde de la finance, l’amour n’a jamais été une valeur refuge.
Je ne sais pas si c’est à cause du titre ou de la couverture mais je ne m’attendais pas à ce que j’ai lu. Et pourtant les deux conviennent bien à l’intrigue que nous sert Joseph Incardona, dont je ne connaissais pas encore la plume.Tu sais quoi, René? J’ai décidé que ma seule patrie, le seul drapeau auquel faire allégeance est le pognon. Et quand il y a le pognon, on est tous copains, on n’est pas raciste ni rien. Il n’y a jamais de problèmes dans les hôtels cinq étoiles, jamais. T’as remarqué?
Qui sera le plus malin, le plus ingénieux dans les différentes escroqueries qui se mettent en place sous nos yeux.
– Je me demande, réplique Svetlana, je me demande parfois quel est mon métier. Quel est exactement mon métier…
– Sa nature, vous voulez dire ? Je viens de vous l’expliquer : mentir et croire avec sincérité. La vie serait intolérable sans le mensonge. Notre système économique est construit là-dessus. La plupart des relations humaines également. Tout est fiction, tout est virtuel. L’argent, le cours de la monnaie, la bourse… Les sentiments aussi, d’une certaine façon… La religion, tenez, le plus gros mensonge qui soit… Tout repose sur la croyance et la confiance mutuelle. Vous me donnez cent francs et nous croyons, vous et moi, que ce billet vaut cent francs. Mais il ne vaut rien de plus que notre croyance.
Un thriller sociologique dans le milieu des Loups de la finance à la fin des années 80 : une lecture qui m’a fait sortir de mes habitudes.

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