Roman

Rendors-toi tout va bien d’Agnès Laurent

couv646746Rendors-toi tout va bien

Autrice : Agnès Laurent

208 p.

Plon, 2021

résumé Derrière les vies ordinaires peuvent se cacher les plus terribles secrets…
Une femme dans une voiture délabrée, une autoroute, un jour de grand départ. Et soudain, l’accident. Qui est la victime ? Épouse, mère, femme ordinaire ? Qu’a-t-elle fait durant les heures qui ont précédé le choc ? Pourquoi son mari a-t-il été arrêté un peu plus tôt ?
Depuis sa cellule de garde à vue, ce dernier cherche à comprendre pourquoi sa femme a pris la fuite. Que n’a-t-il pas vu, que n’a-t-il pas voulu voir derrière les  » rendors-toi, tout va bien  » de celle qui vivait à ses côtés ? Et si, lui aussi, avait sa part de culpabilité ?
Simples voisins, amis, parents… au cours de cette journée, ils ont croisé ceux qui allaient devenir les personnages d’un terrible fait divers. Tour à tour, ils racontent ce qu’ils savent de ce couple sans histoire ou ce qu’ils pensent en savoir. Il y a des choses inimaginables tant elles dépassent l’entendement.

çacommencepar Autoroute A31. Elle file sur la voie du milieu. Elle gêne les véhicules les plus lents. A cause d’elle, ils ne peuvent pas doubler. Elle agace les rapides, ils ne peuvent pas se rabattre. Elle voit les appels de phares, aperçoit les parechocs qui se frôlent, elle s’en fout. Les autres ne comptent pas. Elle roule. Vite. Loin du désastre.

cequejenaipensé Connaissons-nous vraiment notre voisin? notre femme? notre mari? notre ami? C’est sur ce concept que se base le premier roman d’Agnès Laurent, qui fait froid dans le dos.
« Elle » file sur l’autoroute avec sa vieille voiture. « Elle » trace. « Elle » fuit. « Elle » s’éloigne. De quoi ? de qui?  Pourquoi ?
Son mari, lui, est arrêté. Mais il ne comprend pas pourquoi. Il ne comprend pas les sous-entendus des enquêteurs, ni pourquoi ils sont si rustres avec lui. Sa femme a pris la fuite lui apprend-on… Mais là aussi il est complètement perdu, abasourdi. La situation le pèse, l’assomme.
Il a passé des heures face à cet homme et ne sait toujours rien. Rarement dans sa vie de gendarme un individu lui a résisté à ce point. Au début, il a pris Guillaume Dumont pour un cadre un peu arrogant. Il s’est dit qu’après quelques heures en cellule, ce serait facile, il leur dirait tout. Ils sont comme ça, les gens qui ont de l’argent, ils pensent que ça les protège, ils se croient solides. Ils n’ont jamais eu affaire aux gendarmes, ce sont les premiers à s’effondrer. Il s’est trompé, Guillaume Dumont a vomi dans la voiture, il est resté des heures avec les menottes sur un banc et rien, pas un mot. Comme s’il ne savait rien, réellement.
Et le lecteur n’en sait pas beaucoup plus que lui au départ. Il est dans le flou. Mais il peut lui prendre en compte les chapitres consacrées à sa femme, aux différentes personnes, sous forme de témoignage, à la première personne,  qu’elle va croiser dans les dernières heures avant sa fuite puis pendant celle-ci.
Alors les pièces se mettent en place, les sous-entendus des enquêteurs commencent à faire son chemin. Car jusqu’aux dernières pages, on ne nous dit pas ce qu’il se passe, de quoi sont accusés cette femme et cette homme.
Agnès Laurent construit son récit de façon vraiment ingénieuse. J’ai vraiment apprécié d’être dans le doute, dans l’insinuation. Forcément j’ai douté, j’ai fait mes propres hypothèses. Le lecteur, comme je l’ai fait moi-même, pourra se mettre dans la peau de ce mari, de ce voisin qui n’imaginait pas que la personne coupable soit capable d’un tel acte. On se retrouve dans un fait divers en direct : nous ne pensions pas qu’il/elle était capable de ça. C’était un bon voisin/ami/parent, sans problème… Ce sont des phrases que vous avez déjà entendu lors d’interview non ? L’autrice travaille au magazine L’express au service société. Ce genre de faits divers est son quotidien, ces gens ordinaires sur le papier qui rencontre un autre type de réalité. Ces brèves quotidiennes ont nourri son imaginaire et elle nous offre une de ses versions.
« Les habitants de la rue décrivent un couple isolé, replié sur lui-même. » Comment peuvent-ils parler de nous comme ça ? Raconter des choses aussi fausses ? C’est vrai qu’on est discrets, on essaie de ne pas se mêler des affaires des autres, et alors, c’est un crime ? Je suis écœuré de voir ce type, presque un inconnu, commenter ma vie à la télé. Plus je l’écoute, plus je suis fou de rage, j’aimerais lui répondre, corriger ses erreurs, me défendre. Mon procès se déroule en direct à la télé, je ne peux rien faire.
Et cela fonctionne très bien! Son écriture fluide et active, son intrigue conçu autour du mystère de l’accusation et dans une temporalité restreinte (la journée de la fuite) m’ont happée : impossible de lâcher avant d’avoir le fin mot de l’histoire.
en bref J’ai adoré le concept de ce roman, être complètement perdu, d’être laissée sans réponses… Un premier roman original, construit intelligemment! J’ai déjà hâte de retrouver la plume d’Angès Laurent!

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