Roman

Lorsque le dernier arbre de Michael Christie

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titre original : Greenwood

Auteur : Michael Christie

trad. de l’anglais (Canada) par Sarah Gurcel

589 p.

Albin Michel, 2021 (Terres d’Amérique)

résumé D’un futur proche aux années 1930, Michael Christie bâtit, à la manière d’un architecte, la généalogie d’une famille au destin assombri par les secrets et intimement lié à celui des forêts.
2038. Les vagues épidémiques du Grand Dépérissement ont décimé tous les arbres et transformé la planète en désert de poussière. L’un des derniers refuges est une île boisée au large de la Colombie-Britannique, qui accueille des touristes fortunés venus admirer l’ultime forêt primaire. Jacinda y travaille comme de guide, sans véritable espoir d’un avenir meilleur. Jusqu’au jour où un ami lui apprend qu’elle serait la descendante de Harris Greenwood, un magnat du bois à la réputation sulfureuse. Commence alors un récit foisonnant et protéiforme dont les ramifications insoupçonnées font écho aux événements, aux drames et aux bouleversements qui ont façonné notre monde. Que nous restera-t-il lorsque le dernier arbre aura été abattu ?

çacommencepar Ils viennent pour les arbres.
Pour respirer leurs aiguilles. Caresser leur écorce. Se régénérer à l’ombre vertigineuse de leur majesté. Se recueillir dans le sanctuaire de leur feuillage et prier leurs âmes millénaires.
Depuis les villes asphyxiées de poussière aux quatre coins du globe, ils s’aventurent jusqu’à ce complexe arboricole de luxe – une île boisée du Pacifique, au larde de la Colombie-Britannique –
pour être transformés, réparés, reconnectés. Pour se rappeler que le cœur vert jadis tonitruant de la Terre n’a pas cessé de battre, que l’âme du vivant n’a pas encore été réduite en poussière, qu’il n’est pas trop tard, que tout n’est pas perdu.

 
cequejenaipensé Un roman exceptionnel dont j’aimerais vous parler aujourd’hui. Une fresque familiale, sociale et écologique, à la fois historique, contemporain et futuriste. Oui oui tout ça à la fois! Et on le doit à la plume extraordinaire de Michael Christie, un auteur canadien qui a déjà publié en France un recueil de nouvelles il y a dix ans, Le Jardin du mendiant.
4 générations d’une même famille que nous allons suivre sur des périodes différentes (1908, 1934, 1974, 2008 et 2038). Une famille peu « classique » mais dont le destin à toujours été lié au monde du bois et de l’environnement, et ce de différentes façons.
Le roman commence en 2038 où nous faisons la connaissance de Jake, ou Jacinda Greenwood. Elle est guide forestière dans une forêt un peu particulière. Située sur une île, elle est une des dernières réserves boisées de la Terre, où certains arbres sont millénaires. Depuis quelques années, une poussière toxique et destructrice, ainsi que des champignons ravageurs ont détruit la quasi totalité des forêts mondiales. L’économie a connu un véritable séisme et la vie est devenue particulièrement rude. Seuls les plus nantis – comme toujours – ont accès au luxe de pouvoir respirer l’air des dernières forêts qui sont surveillés par des milices. Jake a subi cette crise autant que les autres, mais en tant que botaniste elle a la « chance » de pouvoir vivre dans ce lieu d’exception. Elle est payée une misère et doit obéir à une réglementation très stricte. Un ancien camarade revient vers elle et lui apprend qu’elle serait l’héritière de ce lieu unique.
Même lorsqu’un arbre est au plus fort de sa croissance, seulement dix pour cent e ses tissus – les cernes externes, ou aubier – peuvent être qualifiés de vivants. Tous les cernes du duramen, eux, sont morts : de la cellulose doublée de lignine qui s’est accumulée, année après année, couche après couche, pendant les sécheresses comme pendant les orages, es maladies et les agressions – tout ce que l’arbre a vécu, préservé et consigné dans son propre corps. Chaque arbre est tenu par son histoire, par l’ossature de ses ancêtres. Et depuis que le journal est parvenu jusqu’à elle, Jake comprend que sa propre vie est étayée par des couches invisibles, structurée par les vies qui l’ont précédée. Et par une série de crimes et de miracles, d’accidents, de décisions, de sacrifices et d’erreurs auxquels elle doit d’habiter ce corps et cette époque-ci.
De ce point de départ en 2038, l’auteur va ensuite remonter dans le temps, revenir par étape à l’épicentre de cette famille à part. Comme en dendrochronologie, l’auteur va lire, décrypter les cernes, les anneaux de croissance de l’arbre généalogie de la famille Greenwood. L’histoire va se déployer comme les ramifications d’un arbre. Un arbre centenaire, robuste, affrontant les années difficiles, les aléas d’une vie éprouvante. Michael Christie recule dans le temps puis une fois arrivé au cœur reprend un cours temporal classique, comme s’il lisait l’arbre et ses cercles concentriques. Une construction à la fois originale et très symbolique par rapport à son récit, par rapport à la thématique.
arbre
En usant de cette métaphore scénaristique, il démontre les liens enchevêtrés qui se peuvent se tisser entre les membres d’une même famille, même si les membres s’éloignent, se fâchent, rivalisent… leurs racines sont ancrées et se répondent à des années d’intervalles.
Ainsi ils nous invitent à découvrir les ancêtres de Jake et leurs parcours singulier. Everett, Liam, Willow, Harris… Les uns menant un combat engagé contre la surconsommation de la société et la protection de l’environnement, d’autres exploitant le bois et rasant des forêts, ou encore devenant charpentier… Encore et toujours ce contact avec la matière. Un matériau noble mais fragile face à l’avidité de l’homme.
Lire Lorsque le dernier arbre a été une expérience incroyable. On dévore ce joli pavé, j’ai aimé découvrir cette histoire familiale strate après strate, mettre les éléments de l’énigme généalogique se mettre en place. J’ai encore plus aimé ce rapport avec l’arbre. J’ai retrouvé des notions que j’avais découvert grâce au magnifique et très instructif La Vie secrète des arbres et Peter Wohlleben (qui sans surprise fait partie de la bibliographie de recherches et d’inspiration de l’auteur.
Il y a évidement un message écologique dans ce roman : la planète est fragile, réfléchissons à chaque acte qui peut avoir un impact sur la nature mais aussi dans son cercle familial.
Si l’Histoire était un livre, l’époque présente en serait sans doute le dernier chapitre, non ?
 
 
en bref C’est un roman passionné et passionnant que je ne peux que vous conseiller : précipitez-vous en librairie ! Pour moi, c’est un indispensable !
Et si la famille n’avait finalement rien d’un arbre ? se dit Jake tandis que le duo marche en silence. Si c’était plutôt une forêt? Une collections d’individus mettant en commun leurs ressources via leurs racines entremêlées, se protégeant les uns les autres du froid, des intempéries et de la sécheresse – exactement ce que les arbres de Greenwood Island ont fait pendant des siècles.

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