Roman policier / Thriller

Je suis l’abysse de Donato Carrisi

9791035407513-001-TJe suis l’abysse

titre original : Io sono l’abisso

Auteur : Donato Carrisi

trad. de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza

Lu par Benjamin Jungers

7h44

Audiolib, 2021
Calmann-Lévy, 2021

 

résumé L’homme qui nettoie rôde autour de nous. Parmi nos déchets, il cherche des indices sur nos vies. En particulier sur celles des femmes seules. Une femme lui a fait beaucoup de mal enfant : sa mère.

La chasseuse de mouches, elle, tente de sauver les femmes en péril.
Et elles sont nombreuses… Surtout quand l’homme qui nettoie rôde autour d’elles.

cequejenaipenséDepuis Le Chuchoteur que j’avais adoré et qui a marqué ma vie de lectrice, je n’ai pas eu l’occasion ou pris le temps de lire un autre roman de l’auteur. Grâce à Audiolib, c’est désormais chose faite avec son dernier roman : Je suis l’abysse.

Un titre énigmatique.

Nous suivons un homme qui n’a pas de nom. C’est « l’homme qui nettoie ». Consciencieux, il s’applique dans son travail d’éboueur. Nos poubelles en disent beaucoup sur nous, nos habitudes, nos vies. Et lui, décrypte ça. Il observe, s’immisce dans notre bulle privée. Il lit les déchets. Avec une préférence pour les poubelles des femmes vivants seules. Il ramène leurs poubelles chez lui et les analyse. Et quand c’est le moment, il entre chez elle et…

Il ne voulait pas gêner les autres par sa présence. Personne n’apprécie la compagnie de quelqu’un qui ne parle pas, ne fume pas, ne boit pas d’alcool, ne s’intéresse ni au sport ni aux femmes et n’a ni épouse ni enfants dont se plaindre. Un homme sans amis. Un homme qui n’en a pas besoin, aurait-il dit s’il avait été capable de le formuler. En effet, l’homme qui nettoyait ne possédait pas de définition de lui-même.
Nettoyer était ce qui le représentait le mieux.

Jusqu’au jour où ces rituels vont être perturbés. Lui qui est solitaire, qui tue, va sauver une jeune fille qui était en train de se noyer sous ses yeux. Cette noyade a ravivé un passé à vif, douloureux. Sa mère n’était pas aimante et lui faisait beaucoup de mal. Alors qu’il a un comportement sociopathique, il va avoir un élan humain : la sauver. Il s’enfuira ensuite ne voulant pas que son geste nuise à sa tranquillité mais quelque chose chez cette jeune fille va le troubler. Pourquoi ? Qu-a-t-elle de spécial ? Pourquoi ressent-il ce besoin d’aller l’observer, de l’aider ? Cela va à l’encontre de sa nature…

Les poubelles d’une personne racontent sa véritable histoire. Car à la différence des gens, les poubelles ne mentent pas.

En parallèle de ce récit sombre et intrigant, un autre personnage évolue : celui dont le surnom est « la chasseuse de mouche ». Elle, elle, vient en aide aux femmes. une de ses amies p^roches est flic et l’aide à sa façon, la met en garde. Cette chasseuse de mouche a un sixième sens quand il s’agit de violence faite aux femmes. Et ce sixième sens est en alerte après la découverte d’un bras féminin dans un lac près de Côme, ce même lac où la jeune fille a été sauvée. Alors elle va fouiller, déranger… Et souvent on la reconnaît, on sent une distance quand les gens l’identifient, en lui disant « vous êtes la mère ».

Entre ces deux-là, l’instinct et la curiosité du lecteur sont mis à rude épreuve. L’auteur, Donato Carrisi, s’amuse avec les codes du thriller, laisse planer le doute en jonglant avec la neutralité de la linguistique, avec les ellipses, les non-dits. J’ai adoré me creuser les méninges à vouloir savoir le lien entre ces deux-là. Je sentais qu’il y a avait bien plus et il m’a fallu attendre bien longtemps avec que l’auteur dévoile son jeu au complet. Et j’adore ça! Surtout qu’il a su me surprendre magistralement ! Et pourtant, rétrospectivement, tous les indices étaient là !

J’ai été conquise par son ambiance et par ces deux personnages.  En donnant la parole notamment à un meurtrier, on ressent forcément de l’empathie pour lui, pour son histoire traumatique. Il y a de la fragilité dans la personnalité de ces deux là, des failles qui fait naître une forme d’attachements. L’auteur soulève un questionnement : comment grandir/évoluer sereinement quand on a connu le pire ? Comment être « normal », si la normalité existe bien sûr…

L’abysse, c’est la noirceur, le mal de l’âme humaine et l’auteur nous plonge au cœur de ces émotions.  Un livre qui dérange, qui perturbe, qui questionne. D’autant plus quand on lit la dernière phrase… « inspiré d’une histoire vraie ».

Benjamin Jungers, dont j’avais déjà énormément apprécié la lecture avec Le poète de Michaël Connelly, propose là encore une interprétation magistrale. Une voix profonde qui donne de l’amplitude et de résonance à l’abysse de la solitude, du mal habitant l’homme qui nettoie. Le texte accroche par son mystère, la voix de l’acteur emporte, envoûte.

en brefUne lecture qui fait froid dans le dos. A découvrir !

 

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