Roman

Celle qui criait au loup de Delphine Saada

couv50354730Celle qui criait au loup

Autrice : Delphine Saada

269 p.

Plon, 2022

résumé Albane, 39 ans, deux enfants, est une infirmière modèle. Une professionnelle de santé appréciée et respectée mais dont ses collègues ne savent rien. Albane est un être méthodique et hermétique. Dans le contrôle, toujours. Sebastian, son époux, l’a compris et l’aime ainsi. Mais depuis quelques temps, elle semble se renfermer un peu plus. Chaque jour, après une journée de huit heures dans son service, elle récupère de l’école Emma, six ans, et Arthur, trois ans. Est-ce parce qu’elle est en permanence en train de jongler entre sa vie de mère, d’épouse et son travail si prenant qu’elle n’éprouve plus aucun plaisir ni aucune émotion dans son quotidien ?

À la maison, de négligences en punitions sévères, Albane a un comportement de plus en plus inquiétant avec sa fille au point d’alerter Sebastian qui exige qu’elle consulte immédiatement. « Je n’aime pas ma fille. »

çacommencepar Ce n’est qu’en passant à l’heure d’été que l’on est au printemps. Alors, on se remet à espérer. Deux fois l’an, depuis l’enfance, il a la croyance tenacement naïve de maîtriser le temps, de posséder le pouvoir de changer de saison comme on change de décor, en faisant tourner les aiguilles de sa montre. Hier encore, Sebastian aurait pris le métro, aujourd’hui, il préfère marcher.

 

Quel roman ! Prenant, intense, troublant. Ne vous fiez pas à sa couverture faussement enjouée…

Il m’a fallu une bonne semaine pour le lire… J’ai eu besoin de le poser. De digérer avant d’appréhender la suite. Avant de savoir ce qui m’attendait pour Albane, Emma…

Albane est infirmière. Consciencieuse, sérieuse. Elle est carrée et va droit au but. Pas de perte de temps. Tout est chronométré, mesuré. Ses collègues apprécient son travail mais sa personnalité laisse dubitatif. Elle ne laisse rien paraître, ne s’exprime pas sur sa vie privée. Jusqu’au jour où elle laisse échapper une réflexion très personnelle. Une de ses collègues se questionne.

Qu’on ne vienne pas encore maintenant lui parler d’instinct maternel. Elle pourrait en vomir. C’est une foutaise, une étiquette que l’on colle aux femmes. Vous portez l’enfant, neuf mois, vous saurez comment vous y prendre et bien mieux que les hommes. C’est faux. Archifaux. On ne sait rien avant que l’enfant ne soit là. Et quand il arrive, ce n’est pas mieux, on fait comme on peut et on se trompe souvent.

Chez elle, Albane a ce même caractère : carré, rigide (voire psychorigide). Son mari s’est habitué à ses sautes d’humeur, à sa froideur. Il l’aime ainsi. Ils ont un fils de trois ans, une fille de six ans. Si Albane aime son fils, elle a plus de mal avec sa fille. Jusqu’à ne pas réagir quand elle se fait mal. Jusqu’à surréagir en cas de bêtises. Le jour où elle va trop loin, son mari l’oblige à voir un psy. Perte de temps selon elle. Et pourtant. Le professionnel l’écoute, y va doucement, la sentant fragile derrière sa carapace. Et un jour, ça sort : elle n’aime pas sa fille. Comment ne peut-on pas aimer son enfant ? Qu’est-ce qui la déstabilise quand elle la regarde ? Pourquoi la tient-elle en permanence à distance ?

Dès les premières pages, une ambiance pesante s’installe. On sent que quelque chose de grave va se passer.Malgré sa froideur apparente, je me suis attachée à Albane. J’ai senti une fragilité, une forme de fêlure en elle. Les gestes, les mots ne sont pas anodins.

Ils nous percutent, nous perturbent, nous ébranlent, nous questionnent. On assiste à tout ça en spectateur mais on prend la douleur, la force de la vérité refoulée, la réalité du combat intérieur qui se joue pour Albane.

Delphine Saada, dont c’est ici le premier roman, a une écriture puissante, expressive, riche. Elle sait poser des ambiances inquiétantes, bouleversantes. Elle sait mettre des mots sur les troubles, sur les émotions. Le roman m’a prise plus d’une fois à la gorge par son atmosphère. J’avais besoin de m’en éloigner, de le poser non pas parce qu’il n’était pas intéressant. Bien au contraire. C’était un besoin émotionnel. C’est rare qu’un roman me fasse ce genre d’effet. Quelque part, un peu malsain. Car on reprend le livre pour savoir où l’autrice nous emmène, pour savoir si le personnage principal va commettre un geste irréparable, pour savoir ce qui se cache derrière ce voile intense. Pour vous donner une idée, j’avais ressenti ça pour Chanson douce de Leila Slimani.

en bref Celle qui criait au loup est un roman perturbant, intense, unique. Les émotions sont traitées avec justesse et réalisme. Un premier roman d’exception. Une autrice à suivre !

Une réflexion sur “Celle qui criait au loup de Delphine Saada

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