Roman

Apaiser nos tempêtes de Jean Hegland

apaisernostempetesApaiser nos tempêtes

Titre original : Windfalls
Autrice : Jean Hegland
trad. de l’anglais par Nathalie Bru
Lu par Maia Baran

12h56
Audiolib, 2022
556 p.
Éditions Phebus, 2021

résumé Le parcours de deux femmes que tout oppose. Anna étudie la photographie à l’université de Washington tandis que Cerise, lycéenne, vit en Californie sous l’emprise de sa mère. Toutes deux tombent enceinte accidentellement. Anna choisit d’avorter alors que Cerise garde l’enfant. Dix ans plus tard, ces décisions influent sur le cours de leur vie.

cequejenaipenséComme beaucoup d’entre vous, j’ai pu découvrir l’univers de Jean Hegland avec le merveilleux et unique Dans la forêt, et en version Audiolib d’ailleurs, dans le cadre de la sélection du Prix Audiolib 2020. L’autrice est de nouveau en lice avec ce nouveau titre, Apaiser nos tempêtes. Un roman très différent mais tout aussi percutant.

Il s’agit cette fois encore d’un portrait de deux femmes. D’une mise en avant de la femme, d’un parcours de vie. Mais cette fois nous sommes dans un temps présent, dans une réalité palpable, dans laquelle le lecteur a des repères. Et cette fois, les deux femmes ne se connaissent pas.

Anna est une jeune photographe. Cerise une lycéenne.
L’une vit à Washington. L’autre en Californie.
L’une est une jeune adulte avec des rêves, une carrière prometteuse. L’autre est encore une adolescente, perdue, avec une mère étouffante.
Toutes les deux vont tomber enceintes. Sans être prêtes. Sans savoir quoi faire. Toutes les deux ont peur.
L’une va avorter. L’autre va le garder.

Dix ans plus tard, on les retrouve. Leur vie a évolué, a changé.
Anna est toujours photographe, ses œuvres ont du succès, elle a fondé une famille, vit dans l’ancienne maison de sa grand-mère qui lui avait été d’un grand soutien après la décision qu’elle avait prise. Elle pense toujours à ce choix, qui n’est jamais un choix anodin. Mais elle sait qu’elle n’était pas prête à ce moment-là. Elle n’était alors pas une mère. Elle voulait vivre sa vie de femme. Aujourd’hui, sa vie de famille lui convient. Elle est heureuse. Elle est aimée et aimante. Mais un nouvel obstacle va bousculer son équilibre.

Elle fut déconcertée de se rendre compte qu’elle n’avait jamais pensé en ces termes, qu’elle ne s’était jamais posé la question de garder ou de ne pas garder. Pour elle, il avait été question d’être ou de ne pas être. Une mère.

Cerise, elle, avait décidé de garder son bébé. La vie n’a pas été facile pour elle. Rejetée par ses parents, aidée par des personnes attentionnées mais parties avant la naissance. Cerise était bien jeune pour tout ça. Elle était innocente, terriblement perdue, mais dès qu’elle a posé son regard sur sa fille, tout a changé. L’amour a pris le dessus. Et elle a toujours tout fait pour aider, aimer, protéger sa fille. Et la vie ne l’a jamais épargné. Aujourd’hui, a femme forte, volontaire et déterminée qu’elle était a disparu… Elle est méconnaissable, l’ombre d’elle-même. Vit dans un foyer.

Elle appela son bébé Melody, pour la sonorité, qui lui inspirait quelque chose de petit, de calme et de féminin, et parce que c’était un mot que tout le monde connaissait. Elle appela son bébé Melody parce qu’elle se souvint que la professeure de musique, à l’école primaire, avait lors d’un de ses rares passages dans la classe de Cerise expliqué qu’il y avait une mélodie au cœur de chaque chanson.

Entre le moment où ces deux femmes apprennent qu’elles sont enceintes et leurs inévitables rencontres (il est évident que leur chemin vont se croiser, enfin du moins personnellement c’était quelque chose que j’attendais vraiment), on va suivre leur vie, entrer dans leur intimité, vivre à leurs côtés les épreuves, les joies mais surtout leur détresse. Chacune m’a touchée à des degrés différents, pour des raisons différentes. J’ai vécu un véritable ascenseur émotionnel durant l’écoute de ce roman d’exception. Ces femmes ont un parcours intense, que l’autrice a su rendre réaliste dans les épreuves mais pas seulement. Je ne suis pas mère, et je ne sais pas si je le serai un jour, mais j’ai ressenti au plus profond de moi leurs histoires. Elles ont toutes deux un parcours différent, d’une intensité différente, qui vivent des choses différents mais avec le même sentiment de solitude parfois.
Mais ce que l’on constate ce sont aussi les manques de suivi de l’institution américaine, la solitude des mères célibataires…

Ça la surprit de s’entendre tenir de tels propos, à cette pauvre inconnue. Elle décolla les yeux de son thé juste à temps pour apercevoir la douleur qui traversait subrepticement le visage de Cherie. C’était comme l’ombre d’un nuage, ou la grimace qui suit une gifle et Anna se demanda d’où cela pouvait bien venir, elle se demanda comment la détresse de Cherie pouvait ainsi refléter la sienne.

Ce roman est très différent de Dans la forêt, mais je l’ai vécu avec tout autant d’intérêt et d’intensité.
C’était déjà Maia Baran qui prêtait sa voix aux mots de Jean Hegland et j’ai apprécié la retrouver ici. Elle amène un ton apaisant, tout en sachant l’ajuster aux émotions des différents personnages.

A noter : un préambule rédigé par l’autrice expliquant la genèse longue de ce roman, mais aussi l’occasion pour elle d’aborder cette période particulière dans laquelle nous vivons qui pour elle s’est vue compliquée par l’incendie de sa maison où elle a tout perdu. Elle a pris conscience de l’importance de la solidarité et de l’amour des siens. Elle remercie aussi la France de sortir ce roman si important pour elle (il est sorti en 2004 aux États-Unis).
Le titre français est une belle idée de Franck Bouysse.

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